Les Découvertes du Passé

A Propos d'une Cloche Disparue

Vers 1988, dans un monceau de déblais et d’immondices provenant du nettoyage d’une maison ancienne du quartier de la Grande-Fontaine, un Frontenaysien, M. Yvon AUDEBERT, fit la surprenante découverte d’une très grosse pièce de bronze pesant une vingtaine de kilogrammes et qui présentait l’apparence d’un fragment de cloche.

En effet, par ses formes, sa structure, son galbe et les décorations encore identifiables qui l’agrémentaient, cet objet semblait bien constituer la partie inférieure d’une cloche de dimensions respectables dont il épousait l’arrondi avec, à sa base, la « patte » caractéristique terminée en angle aigu. Sur la périphérie, le métal portait des traces très marquées de fusion.

Le diamètre de la cloche, au vu des calculs effectués à partir du fragment d’airain retrouvé, était voisin d’un mètre et ses dimensions et poids approximativement les mêmes que ceux de la cloche Gros-Jean de 1537, restée sur place.

Quelle était l’origine de cette curieuse relique ?

Un premier élément de réponse à cette interrogation parut être donné par un document datant de l’an II, tiré des archives communales de FRONTENAY-ROHAN-ROHAN (Registre des délibérations du conseil Municipal).

Le 18 frimaire de l’An II de la République, les membres du « Conseil général » de la commune de FRONTENAY furent réunis par le Maire, Paul Alexandre SOREAU, pour mettre à exécution l’arrêté du département des Deux-Sèvres en date du 21 brumaire précédent.

Le procès-verbal de la réunion indiquait, avec la délibération de tous les accessoires du culte :

« Aujourd’hui dix huit frimaire, l’an II (8 décembre 1793) de la république française une et indivisible. Les maire officiers municipaux et membres du Conseil général de la commune de FRONTENAY réunis en la Chambre commune il a été observé par le procureur de la dite commune, que l’arrêté du département des Deux Sèvres du 21 Brumaire dernier ordonne que toutes les cloches seront transférée au chef lieu du district et qu’il n’y aura de conservée que celle servant de timbre aux horloges après en avoir enlevé les battants, et invite les communes à substituer des vases de cristal ou autre matière à ceux d’or ou d’argent qui servent au culte catholique en conséquence il a requis l’exécution  du susdit arrêté.

A quoi satisfaisant et considérant qu’on ne peut trop se hâter d’exécuter les dispositions du susdit arrêté, il a été à l’unanimité décidé que :

1°/ Le battant de la Cloche, servant de timbre à l’horloge sera enlevé dans le jour par le citoyen BROUILLAC, serrurier commis à cet effet.

2°/ L’autre cloche sera dans le jour descendue et transférée dans le jour de demain au district par la dite citoyenne veuve BRUNET.

L’église paroissiale possédait donc deux cloches à la veille de la révolution.

La plus ancienne, fondue en 1537 pour célébrer la naissance de Jehan DE ROHAN, fut fort heureusement conservée jusqu’à nos jours. Reconnue comme indispensable accessoire de l’horloge dont le cadran ornait la façade de l’église, la vénérable cloche fut seulement privée de son battant tant que ne fut pas rétabli le libre exercice du culte mais elle demeura, en tout état de cause, en son clocher séculaire.

Une autre cloche, par contre, fut selon toute vraisemblance livrée au district. Elle prit le chemin de l’hôtel des monnaies de NIORT pour y être fondue et transformée en pièces de monnaie dont l’extrême pénurie avait contraint les autorités dirigeantes de l’époque à ces mesures d’exception.

De quelle cloche pouvait-il donc s’agir ?

C’est au hasard de la recherche d’indices et de renseignements d’archives relatant l’activité de la Confrérie de Saint NICOLAS (Voir Rubrique « Les Confréries »), citée dans un certain nombre d’actes de décès aux registres paroissiaux de FRONTENAY des XVIIème et XVIIIème siècles, qu’un « arrentement », conclu en l’année 1701, nous précisa l’origine et la date d’apparition de cette mystérieuse « autre cloche ».

Le 21 août 1701, par devant M° Charles ARNAULT, notaire au duché de FRONTENAY et « père spirituel de la Confrérie de Saint Nicolas en ladite église et Michel BROUILLACQ, Maître Serrurier, Bâtonnier et Receveur de la dite Confrérie », les membres de celle-ci furent assemblés pour une procédure d’arrentement, au profit de l’uns des leurs : Jean CHAISSETTE, marchand, d’une pièce de terre appartenant à la Confrérie, contenant « un demi quartier », sise en cette paroisse au lieu-dit «  Les Gascougnolles » et tenue de payer 12 deniers de cens à la Seigneurie d’Allery.

L’arrentement fut consenti moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 4 livres, payable à la Saint Michel de chaque année à compter de la Saint Michel 1703.

De surcroît, Jean CHAISSETTE paya comptant « La somme de cinquante livres par orme de pot de vin aux Sieurs LE JUDE et BROUILLACQ ont déclaré vouloir employer à satisfaire le Sieur CHERPENTIER, fondeur de cloche qui a fondu depuis peu la cloche de ladite Confrérie … ».

Cette assemblée du 21 août 1701 réunit, outre les trois membres déjà cités :

-       Jean CHAUDRON, « Greffier de la Confrérie » ;

-       Jean TEXIER, « Texier en toile, fabriqueur » ;

-       Pierre et René SENNE, blanconniers ;

-       François BOUHET, marchand ;

-       Nicolas BAULT, sergent ;

-       Pierre et Thomas CHAUVEAU ;

-       Michel IMBERT ;

-       René SENNE, boucher ;

-       Jacques PARIS, « coutellier » ;

-       François FOURNIER, Augier GUILLON, François PASCAULT, Jean BROUILLACQ et Pierre CHAUDRON, « tous confrères de Saint Nicolas … ».

Il fit appel, comme témoins, à Henry BAYNIER, clerc, et Bertrand MESLEJEU, domestique.

Le « pot de vin » était une pratique courante au XVIIème siècle et se rencontrait fort souvent dans les contrats de fermage et arrentements… mais le paiement du travail d’un fondeur de cloche par le biais d’un tel procédé ne manqua pas de susciter un certain étonnement de nos jours.

L’église Saint Pierre de FRONTENAY fut donc dotée, au début de l’année 1701, par la Confrérie de Saint Nicolas, d’une seconde cloche, œuvre du fondeur CHERPENTIER.

Cette cloche n’avait pas encore atteint un siècle d’existence lorsque, le 9 décembre 1793, elle fut donc descendue de son clocher et transportée à NIORT pour y être brisée et livrée au creuset.

Le fragment de cloche retrouvé en 1988 portait de très nettes traces de fusion donc il s’agit certainement d’une pièce retirée d’un brasier avant d’être intégralement gagnée par la fonte.

Peut-on en déduire qu’il s’agirait, selon toute vraisemblance, d’une infime partie de la cloche de Saint Nicolas que la « citoyenne veuve BRUNET », chargée par l’assemblée communale de l’acheminement de cette cloche au chef-lieu du district, de son initiative, à la faveur et avec l’aide de complicités évidentes, ait réussi à soustraire de la fonte et ramener dans le plus grand secret à son logis ? Quels motifs auraient pu inspirer un tel geste ?

Certains des révolutionnaires avaient sans doute conservé, derrière une façade d’austérité et de rigueur patriotiques, en harmonie avec la sévérité des lois républicaines, un attachement sincère, une particulière sensibilité à tout ce qui touchait à la préservation d’un patrimoine qu’ils tenaient de leurs ancêtres.

Situons les personnages qui, localement, participèrent à l’événement :

-       Le Maire de la Commune de FRONTENAY en l’an II était Paul Alexandre SOREAU, époux de Suzanne BRUNET, cousin germain par alliance de la « citoyenne veuve BRUNET ».

-       Pierre Jean BROUILLAC, serrurier, qui reçut mission de supprimer le battant de la cloche restant en place et de procéder à la descente de la cloche de Saint Nicolas du clocher, exerçait en 1792 les fonctions de sacristain de la paroisse. Il était petit-fils de Jean BROUILLAC, « Bâtonnier et Receveur de la Confrérie de Saint Nicolas », l’un et l’autre mentionnés dans l’arrentement de 1701.

-       L’épouse de Pierre Jean BROUILLAC, Madelaine FOURNIER, était elle-même arrière-petite-fille de François FOURNIER, Confrère de Saint Nicolas, cité dans le même acte.

-       La citoyenne Veuve BRUNET née Marie-Catherine IMBERT en 1755 avait épousé Pierre BRUNET en 1784 dont elle était veuve depuis deux ans lors de sa désignation par l’Assemblée Communale. Elle était la petite-fille de Michel IMBERT (1677-1747), Membre de la Confrérie de Saint Nicolas participant à ce même arrentement de 1701.

Que ces personnages, en particulier, apparemment loyaux serviteurs de la République et patriotes sincères, aient éprouvé un véritablement déchirement et un légitime serrement de cœur à la pensée de devoir livrer à la fonte la cloche dont leurs grands parents avaient eu la fierté de doter leur paroisse ne saurait donc nous étonner.

De là à imaginer le réseau de conivences tissé autour de cette tragédie et la ferveur sacrée les conduisant, en violation des lois et décrets de la République et au mépris des énormes risques auxquels ils s’exposaient, à recueillir une parcelle de ce bien communautaire et presque familial, il n’y a qu’un pas …

En le franchissant, on trouve une explication très plausible à la présence insolite autant qu’énigmatique, en nos murs, de ce fragment d’airain dont toute l’histoire paraît, de la sorte, reconstituée après plus de deux siècles de silence et d’oubli.

 

Découverte d’un souterrain en Août 1995

Au cours de travaux de terrassement réalisés devant le café français et l’église, pour le passage d’un câble par une entreprise de MAGNE, les ouvriers de celle-ci mirent à jour un souterrain de 0,80 mètres de large et de 1,80 mètres de hauteur, voûté, ainsi que le puits auquel il semblait conduire, d’une profondeur de 9,20 mètres, son niveau d’eau atteignant 4,50 mètres. Le tout datant du Moyen Age, à l’époque où FRONTENAY était une puissance fortification féodale, fut en parfait état, constitué d’une maçonnerie de qualité et fit partie d’un réseau très important de passages souterrains dont le bourg est truffé, mais dont on ne possède pas de plans précis. Il semblerait que ce couloir permettait l’approvisionnement en eau potable vers des artères plus importantes lorsque les évènements obligeaient les habitants à vivre cachés.

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