artisanat et commerce

Le commerce à FRONTENAY à la fin du XIVème siècle

Au moyen-âge, on donnait aux Halles couvertes le nom symbolique de « cohue », qui donne une idée de cacophonie tumultueuse et confuse des lieux de marchés. Les discussions animées, les conversations bruyantes et le va-et-vient des clients ou des marchands produisent en effet ce que nous appelons encore aujourd’hui « la cohue ». On  tenait à FRONTENAY douze foires par an, et marché tous les mercredis.

Dans le Chartier de THOUARS, on trouve un compte de 1397, rendu par Guillaume BOYSSIN, receveur de FRONTENAY L’ABATTU, à Péronnelle, dame de ce lieu, Vicomtesse de THOUARS, épouse de Tristan ROUAULT. Cette pièce donne des détails qui démontrent l’activité commerciale de notre localité à la fin du XIVème siècle.

Quarante six personnes dénommées dans cette pièce, louaient les tables des halles de FRONTENAY pour étaler et débiter leurs marchandises et leurs produits. Ces étaux et demi-étaux étaient alors loués de deux sols à huit sols par an à onze bouchers, dix drapiers, deux peintres, quatre merciers, cinq cordonniers, trois savetiers, quatre corroyeurs et sept marchands vendant au poids. Ces places furent de plus en plus recherchées dans la suite car on voit encore dans le Chartier de THOUARS une autre pièce du milieu du XVème siècle qui montre dans la même halle, un étal de drapier cédé à raison de deux réaux d’or ou soixante sols, par Jeanne BAUGIS, veuve de Jean DOYNEAU, à un nommé Robin DENIZOT. A cette époque, la fonction de placier était plus rémunératrice que nos jours.

 

La facilité des relations avec la capitale du département, grâce à la RN 11, l’embellissement progressif du bourg, la valorisation de son patrimoine architectural et diverses réalisations dans le domaine social, sportif et culturel ont contribué, avec le maintien de sa foire mensuelle et ses marchés hebdomadaires, à la prospérité de la cité Frontenaysienne.

 

L’expansion démographique ; 1 785 habitants en 1821, 2 464 habitants en 1982 est une heureuse conséquence de cette conjonction d’efforts.

 

En 1855, on trouve 138 patentables dont les principaux sont : dix-neuf aubergistes et cabaretiers, sept boulangers, six cordonniers, huit marchands de tissus et mercerie, huit sabotiers, cinq menuisiers, quatre épiciers, quatre bourreliers, trois charrons, sept marchands de bois, un mégissier et sept bouchers. Le nombre des tisserands a beaucoup diminué, ils se trouvent compris dans une autre catégorie de patentables.

 

 

Ces chiffres méritent être commentés. Dix-neuf auberges et cabarets, cela peut vous paraître quelque peu paradoxal pour une localité de faible importance. Mais il ne faut pas perdre de vue que FRONTENAY était un relais obligé sur le parcours de NIORT à LA ROCHELLE et que bon nombre de ses habitants vivaient sur la route. Cavaliers, voitures, charrettes, diligences s’y succédaient journellement dans les deux sens et bien peu passaient sans s’arrêter, soit pour se restaurer ou se rafraîchir et on buvait ferme de ce petit vin de pays avant l’arrivée du phylloxéra.

 

Les vins avaient fait, quelques années plus tôt, l’objet d’un important commerce. Les eaux de vie de Saintonge étaient très renommées. En 1810, il existait à FRONTENAY, cinq distilleries d’eaux de vie, mais, un quart de siècle plus tard, la plupart de ces établissements industriels ont disparu. Le prix élevé des vins a obligé les fabricants à suspendre cette fabrication. Il n’est pas anormal de constater l’existence de sept boulangers qui semblent être en rapport avec le nombre d’auberges, une grande consommation était faite par la clientèle de passage.

 

A cette époque, le métier de cordonnier n’était sans doute pas à dédaigner. La cordonnerie, tout en satisfaisant aux besoins de la localité, exportait ses produits vers SURGERES. En ce temps là, les souliers se vendaient aux environs de cinq francs la paire.

 

Les sabots étaient presque l’unique chaussure des habitants de la campagne. On en fabriquait surtout avec le tronc et les grosses branches de l’aulne et du noyer, mais parfois aussi, avec du frêne et du saule. On exportait à MARANS et LA ROCHELLE où ils étaient surtout utilisés par les matelots. La demande était toujours active, voilà pourquoi huit artisans se livraient à ce métier.

 

La fabrique de sabots de M. RAVARD dans les années 1900. L'été, la saboterie se transformait en entreprise de battage avec trois machines à vapeur pour battre les grains puis les mogettes maraichines

 

 

Au début du siècle, il n’y avait guère de chevaux dans la localité. On fauchait à la faux, on labourait les vignes au pic. Les champs étaient cultivés avec des bœufs, voilà pourquoi nous ne voyons figurer qu’un seul bourrelier en 1810. Quelles sont les raisons qui ont motivé l’installation de quatre de ces artisans en 1855 ? C’est la question que nous nous posons.

 

Avec le progrès de l’agriculture et du commerce, les relations plus fréquentes des habitants du pays, par suite de la création de nos routes vicinales, ont donné de l’essor au charronnage. On fournit des voitures, des chariots et des charrettes pour la région, c’est une raison pour laquelle trois charrons sont installés au bourg.

 

On ne s’étonnera pas non plus de constater l’existence de cinq menuisiers. Ce n’est pas que la construction des logements exigeât autant d’ouvriers spécialisés, mais en ce temps là, les menuisiers fabriquaient tous les meubles nécessaires aux paysans et l’absence de machines-outils rendait le travail plus pénible et beaucoup plus lent.

 

La scierie TURCAT, rue de la gare, dans les années 1950

En avril 1910, Maxime METAYER, menuisier, s'équipa d’un moteur à pétrole, nouvelle technologie de l’époque, pour actionner une scierie à ruban.

 Le mémoire constate que le nombre des tisserands a beaucoup diminué, depuis le début du siècle. Toutefois, leur nombre n’est pas mentionné. A quoi attribuer cette décadence ? La coutume des armoires remplies de linges, draps et chemises notamment, était toujours vivace. Peut être, la culture du chanvre, nécessaire au tissage de la toile, était-elle en partie abandonnée, au profit d’une autre culture plus rémunératrice.

 

L'atelier de couture de MME GANDREUIL, au milieu de ses ouvrières

 

Une autre industrie apparaît en pleine décadence : la mégisserie. Sous le premier Empire, la mégisserie possédait six ateliers à FRONTENAY, dont l’importance n’était pas négligeable. En 1855, il n’y en avait plus qu’un seul ? Ces établissements de tanneries et de mégisseries ont disparu pour être remplacés ailleurs par des fabriques plus importantes. Il y eut, à cette époque, un certain marasme dans les affaires et alors, il est possible que ces industriels, par suite du manque de capitaux et d’esprit de suite, nécessaires pour moderniser leurs établissements, pouvant conduire à de grandes affaires, préfèrent abandonner le métier, plutôt que d’être acculés à la ruine.

 

A côté des professions, que nous venons de citer, il y en avait beaucoup d’autres qui ne sont pas mentionnées dans la statistique, car nous sommes loin des 138 patentés. Par exemple, il y avait des meuniers, certainement des forgerons, pour terminer le travail des charrons, des maréchaux, sans doute quelques marchands ambulants et probablement des habitants, qui l’hiver, se livraient aux travaux de vannerie, produisant des corbeilles et paniers, des bourgnes et aussi des bourgnons, pour la pêche aux anguilles.

 

M et MME RAVARD, rue MIGAULT, devant la Société Coopérative fondée le 24 avril 1909

La pharmacie de Monsieur PLUMEREAU, dans les années 1950, était dotée à l’arrière d’un laboratoire dans la cour où l’on fabriquait la « poudre des nurses » et la « pommade des nurses » que l’on passait sur les fesses des bébés. M. PLUMEREAU, en fut l’inventeur et obtint un brevet pour son produit qui lui en garantit l’exploitation. Poudre et pommade des nurses furent alors connues dans toute la France. Ce pharmacien, un réel personnage, envoya même un colis avec poudre et pommade des nurses à la Reine d’Angleterre pour la naissance de son premier enfant.

 Depuis cette époque, bien des choses ont changé. Les tracteurs ont remplacé les bœufs et les chevaux, entraînant la disparition des charrons, forgerons, bourreliers et des derniers maréchaux.

                                                                                  

Le trafic par contre, est toujours de plus en plus intense entre NIORT et LA ROCHELLE, mais ce trafic est beaucoup plus rapide, les camions ne s’arrêtent plus dans la bourgade. Il en est de même des voyageurs circulant à bords de leurs puissantes voitures. Au détriment des aubergistes, autres temps, autres mœurs ….

 

M et MME METOIS et leurs enfants devant leur boucherie dans les années 1950

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