Description de la Cloche GROS JEAN

 

 

La vieille cloche de l’église SAINT PIERRE de FRONTENAY

En 1937, on célébra le quatrième centenaire de la grosse cloche de l’église SAINT PIERRE de FRONTENAY, l’une des plus belles et des plus anciennes des DEUX SEVRES.

Haute d’un mètre trente cinq, elle est gravée, d’une inscription, sur sa robe d’airain, qui l’entoure complètement de deux lignes en relief où il est noté la date de création de la cloche soit 1537 puis vraisemblablement les initiales du fondeur, qui mettait assez souvent sa signature avant tout autre indication. Parmi les inscriptions, se trouve également une reproduction les armoiries des ROHAN qui avaient acheté FRONTENAY en 1502 mais également les sceaux de Bertrand HELYE, Seigneur de La Rochenard et de la Baronnie de FRONTENAY, ainsi que deux petits bas-reliefs représentant, l’un le Christ, l’autre un petit personnage tenant, une clef de la main droite et de l’autre un petit personnage tenant, une clef de la main droite et de l’autre, une crosse d’évêque. On trouve aussi le nom de la cloche Saint Jean Baptiste puis peut être le nom du parrain et de la marraine.

L’année 1537 marque la naissance de Jehan DE ROHAN. La venue au monde de cet enfant mâle causa une joie immense dans sa famille, et tous les vassaux ainsi que toute la population de la baronnie, furent en liesse et prirent une part active aux démonstrations de joie qui se succédèrent sur toutes les terres du Seigneur Baron de FRONTENAY. Très probablement, ce fut à l’occasion de cette naissance et du baptême de l’enfant que la cloche actuelle fut aussi baptisée et montée dans le vieux clocher. D’aucuns disent qu’elle fut fondue sur place non loin de l’église et que nombreux étaient les seigneurs et le menu peuple qui venaient jeter des pièces d’argent dans le métal en fusion.

Par contre, une très ancienne légende racontée de génération en génération, semble laisser supposer que cette cloche venait de plus loin :

« Lorsque la cloche fut rendue sur place pour être montée dans le clocher, elle fut trouvée trop conséquente pour FRONTENAY. L’ayant alors mise en chariot pour l’emmener à NIORT, les bœufs qui la transportaient, ne voulurent pas dépasser les limites de la paroisse. Impossible de les faire avancer. De ce fait, on la retourna à FRONTENAY, croyant bien que la divine Providence ne voulait pas qu’elle pût sonner ailleurs ».

Le fait est que trente deux ans après l’installation du gros Jean sur son beffroi, l’église de FRONTENAY fut incendiée le 29 juin 1569, par les troupes calvinistes de PLUVIAULT. Le Baron de ROHAN, Seigneur de FRONTENAY, ayant renié la foi catholique, son exemple fut suivi par la plupart des châtelains, ses vassaux, notamment par les seigneurs de la ROCHENARD, du BOURDET, d’EPANNES, de FORS … qui se mirent à piller et à brûler les églises. En ces années douloureuses, sur le territoire de FRONTENAY, les chapelles des Bobins, de la Maronne, de la Motte-Sainte, de Fougerit, de Sainte-Catherine au Pont, de Notre-Dame de Pitié à Bassée, furent ruinées de fond en combles, ainsi que le Prieuré de Saint Gaudent, où on retrouva, en 1913, de nombreux ossements humains dans la couche de cendre, laissée par l’incendie. On sait, par les Mémoires de Michel de CASTELNEAU, que, pendant l’hiver de 1568-1569, la reine Elisabeth d’Angleterre, en échange des canons, des munitions et des cent mille angelots d’or qu’elle envoya aux réformés, demanda et reçut du sel, des lames et le métal des cloches des églises qui avaient été détruites.

Comment dès lors expliquer que la cloche de FRONTENAY ait traversé la tourmente sans subir le sort de toutes les autres de la région ? Une seule explication parait plausible : elle était la cloche de Jehan DE ROHAN ! Bien que devenu chef calviniste, ce seigneur ne voulant sans doute pas que fut maltraitée la cloche, qui avait été fondue en son honneur, et qui avait le même âge que lui. Mais pendant très longtemps l’anxiété fut grande chez les catholiques de FRONTENAY. Ils tremblaient en voyant passer près de chez eux, les débris des autres choses et craignaient de voir, un jour ou l’autre, leur Gros-Jean jeté au bas du clocher, et exilé à tout jamais en Angleterre.

Quarante ans après ces années de désolations, les catholiques purent enfin se regrouper et se ressaisir à FRONTENAY sous la direction de Messire G. LOURSEL, qui fut leur curé de 1610 à 1614. Les ruines de leur église étaient ce qu’elles sont encore aujourd’hui, néanmoins plus heureux que dans toutes les paroisses environnantes, leur cloche leur avait été conservée. Il est fort possible qu’au début de cette nouvelle ère de liberté, le grand danger auquel la cloche avait été sous-traitée par la protection obstinée et efficace des ROHAN, ait fait naitre la légende des bœufs qui ne voulurent pas laisser leur belle cloche s’éloigner de FRONTENAY.

On ne sait en quelle année une autre cloche, plus petite, avait été placée à côté de Gros-Jean. Elle fut victime de la Révolution, qui la fit descendre et transporter à NIORT, pour que son métal fût utilisé à d’autres fins, moins pacifiques, que celles d’appeler les fidèles à la prière.

Extrait d’un registre pour servir à la Municipalité de ROHAN ROHAN paraphé par Pierre Joseph BOUTHET DE LA RICHARDIERE, Curé et Maire de ROHAN ROHAN :

Aujourd’hui 18 frimaire An 2 de la république française une et indivisible. Les Maire et officiers municipaux et membres du Conseil général de la commune de FRONTENAY réunis en la Chambre commune, il a été observé par le Procureur de la dite Commune que l’arrêté du département des Deux Sèvres du 21 brumaire dernier, ordonne que toutes les cloches seront transférée au chef lieu du district et qu’il n’y aura de conservée que celle servant de timbre aux horloges après en avoir enlevé les battants, et invite les Communes à substituer des vases de cristal ou autre matière à ceux d’or ou d’argent qui servent au culte catholique. En conséquence, il a requis  l’exécution du susdit arrêté.

A quoi satisfaisant et considérant qu’on ne peut trop se hâter d’exécuter les dispositions du susdit arrêté, il a été à l’unanimité décidé que les vases d’or et d’argent qui servent au culte catholique en cette commune et consistant en deux calices, deux patènes, un ciboire, un soleil, un encensoir et sa navette, un petit plat d’argent, une custode le tout d’argent et une croix de cuivre lavé d’argent avec une petite clochette, seront transportés au district par la citoyenne veuve BRUNET commise à cet effet. De même le battant de la cloche, servant de timbre à l’horloge, sera enlevé dans le jour par le citoyen BROUILLAC, serrurier commis à cet effet. L’autre cloche sera dans le jour descendue et transférée dans le jour de demain au district par la dite citoyenne BRUNET.

Muette depuis 1965, et remplacée par sa jeune sœur Claude-Marie-Marc, elle a été déposée sur un socle à l’entrée de l’église.

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