Description des anciennes Halles

Dans l’enceinte de l’ancienne forteresse, l’église occupait une bonne partie de l’ouest et le cimetière qui l’entourait, prenait passablement du terrain pour un espace assez restreint. Le seigneur Hugues X de LUSIGNAN aurait bien voulu distraire une parcelle du champ des morts, pour y bâtir des halles réclamées par les commerçants qui venaient parfois de loin et ne savaient ni où ni comment exposer leurs marchandises, mais les lois liturgiques étaient formelles, elles interdisaient tout empiètement sur les cimetières. Toutefois, après l’excommunication fulminée contre lui par l’évêque de Saintes, Hugues X parut affecté d’un tel regret, que l’évêque lui même plaida sa cause. Il alla jusqu’à demander pour lui une faveur spéciale, celle de désaffecter une partie du cimetière de FRONTENAY, pour lui permettre d’y construire des halles, et il l’obtint dans l'intervalle de la paix, de novembre 1220 à décembre 1222. Pendant ce laps de temps, les Halles de FRONTENAY furent édifiées avec une couverture de tuiles supportée par une solide charpente de chêne.

Une décision des commissaires enquêteurs d’Alphonse de POITIERS permet en effet de préciser la date de la construction des halles couvertes dans le cimetière, avant 1242 :

« Nous avons rendu au prieur de FRONTENAY, la dîme sur la location des bancs des halles, qui fut établie dans le cimetière, pour une somme de six sols à verser chaque année pour la fête de la Toussaint, selon l’accord conclu autrefois entre l’évêque de SAINTES et le Comte de la Marche. Le dit prieur a perçu la dite dîme jusqu’au moment de la guerre, et, sur le conseil du Sénéchal de Saintonge et des sergents du Comte, nous avons ordonné et fixé que pour la dite dîme la Prévôté de FRONTENAY donnera chaque année six sols pour la fête de la Toussaint ».

Situées près du château seigneurial, à l’intérieur des fortifications, elles donnaient toute sécurité aux marchands et aux acheteurs qui venaient souvent de fort loin, pour traiter d’affaires.

En 1246, Les Halles furent reconstruites à la suite de leur destruction pendant le siège de 1242. De 1258 à 1260 la dîme au prieur de FRONTENAY furent restituée sur la location des bancs de la Cohue. En 1261, le prieur de FRONTENAY dut payer chaque année au Comte de POITIERS, à la fête de Saint Luc, deux besans pour le four et tint quitte le dit Comte pour le revenu annuel des 6 sols qu’il percevait à la cohue. En 1262, Guillaume, abbé de NOUAILLE, et le frère Philippe, prieur de FRONTENAY, avouèrent devoir au Comte de POITIERS à la fête de Saint Luc, deux années, à raison de 14 sols par an, pour le four et 6 sols de revenus annuels que le prieur percevait à la Cohue pour la dîme du marché.

Un document du chartier de THOUARS, établi en 1397, par le receveur de FRONTENAY, donne une idée de l’activité des marchés et de la prospérité du bourg à cette époque. Les quarante six emplacements de la halle (on disait alors des étaux) étaient occupés par onze bouchers, onze marchands-drapiers, quatre merciers, cinq cordonniers, trois savetiers, quatre corroyeurs et sept épiciers et regrattiers.

Vers le milieu du XV ème siècle, un étal, au rang des drapiers, fut vendu pour deux réaux d’or (60 sols) par Jeanne BAUGIS, veuve de Jean DOYNEAU, au marchand d’étoffes Robert DENIZOT.

En 1734, fut rédigé Procès-verbal de la trouvaille, sous les halles de ROHAN – ROHAN, d’un enfant abandonné : « Le dit enfant sera baptisé sous les conditions et il sera pourvu à sa nourriture et entretien au dépens de son altesse Monseigneur le Prince de ROHAN jusqu’à ce que le dit enfant soit en état de gagner sa vie ».

En 1772, un arrêt permit au Prince de Soubise de rétablir, dans la ville de ROHAN-ROHAN, les six foires et le marché qui y étaient déjà autorisés, et d’y établir en outre six nouvelles foires et de faire construire, dans la ville de ROHAN – ROHAN, les Halles, bancs, étaux et autres choses nécessaires pour loger les marchands et leurs marchandises et à jouir des droits dont il avait ci-devant joui.

Le 13 prairial An II (1793), Il y eut vœux du conseil général de la commune «  assemblé en la ci-devant église » de FRONTENAY, pour la conservation du four, des rouchis et de la halle faisant partie de la succession SOUBISE. Le 29 messidor de la même année, fut indiqué que : « Les halles, le four et les roucheries appartenant à la succession SOUBISE, situés dans la commune de FRONTENAY, seront mis en vente par le directoire du district de NIORT ». Le 11 thermidor suivant : « MM SAUREAU et ECARLAT sont propriétaires des dites halles, comme les ayant acquis de la Nation, par procès-verbal d’adjudication dressé par MM les Administrateurs du Directoire du ci-devant district de NIORT, le 11 thermidor an II de la République, enregistré audit NIORT le 18 fructidor suivant ».

Le 7 avril 1806, le Maire de FRONTENAY, qui avait été autorisé par lettre du Préfet (31 mars 1806) à acheter les Halles devenues propriété personnelle de Paul Alexandre SOREAU, cultivateur, et de Pierre ECARLAT, charpentier, fut aussi autorisé par le Conseil Municipal à faire cette acquisition pour la commune de FRONTENAY, moyennant la somme de 2 962,50 francs représentant 3 000 livres tournois. Mais le 3 décembre 1807, il y eut des protestations du Conseil Municipal contre les vendeurs, messieurs SOREAU et ECARLAT, qui soulevèrent des difficultés. Finalement, le 6 avril 1808, les halles furent acquises par la Commune, moyennant la somme le prix de 2962,50 francs, équivalent à la somme de 3 000 livres tournois, payables aux vendeurs à terme. Le 8 avril 1808, le Conseil municipal établit un droit de placement pour les Halles, les places et les rues de FRONTENAY.

Le Référendum des habitants, en 1921, donnant par 220 voix la préférence à l’emplacement des Halles, pour y ériger le monument aux Morts de la Guerre, signa l’arrêt de mort des Halles de FRONTENAY. En 1922, Le Conseil Municipal, dans la séance du 8 janvier, adopta définitivement le vœu de la majorité des habitants.

Voici décrit dans la partie suivante les documents liés à cette acquisition par la Commune de FRONTENAY au début du 19° siècle :

Lettre de l’adjoint au Maire MOUNIER Jeune au Préfet des Deux-Sèvres le 19 mars 1806

Monsieur,

Le bruit s’était répandu dans cette commune que le Maire voulait, dans les intérêts de ses administrés, acquérir l’établissement des halles. Ce bruit qui n’était pas dépourvu de fondement, étant parvenu alors aux acquéreurs de ce domaine, ceux-là nous firent part de ce qu’ils avaient appris.

Aujourd’hui, j’apprends par voix certaine que l’un de ces acquéreurs est vivement pressé par un tiers à l’effet de lui vendre les portions pour laquelle il est fondé dans ce domaine et sur laquelle le nouvel acquéreur s’empresserait de bâtir.

C’est ici, Messieurs, que je dois vous faire sentir l’inconvénient que résulterait une pareille aliénation qui passerait en d’autres mains que dans celle de la commune : 1°- Impossibilité de la part de la commune de ne jamais en bâtir une autre, attendu que ses revenus comparés aux dépenses dont elle est susceptible, ne seraient jamais assez considérable pour y faire face. 2°- Cette nouvelle construction de halle, si elle était possible, enlèverait au pays plus d’un tiers de sa place publique qui déjà n’est pas très étendue. 3°- Les halles actuelles vendues à un étranger, nos marchés sont perdus, les marchands de toute espèce de comestibles ne trouvant plus d’endroits où ils peuvent communément se mettre à couvert des injures de la saison et étaler leurs denrée, déserteront de payer, et iront au loin porter leurs provisions. Nos foires subiront le même sort.

Que deviendront alors les habitants non seulement de FRONTENAY, mais encore tous ceux des communes voisines ; ne seront-ils pas contraints d’aller au loin chercher les objets de toute espèce dont ils auront besoin pour leur propre existence et mille autres inconvénients dont l’énumération serait trop longue.

Dans ces circonstances, Monsieur, stipulant dans les intérêts de cette commune, je vous prierai de vouloir bien m’autoriser à rassembler le plus tôt possible le Conseil Général à l’effet de lui proposer d’autoriser le Maire à acquérir au profit d’icelle, les halles qu’elle contient.

Pour payer plus commodément et plus promptement ce domaine avec les revenus de l’octroi, on ne ferait ailleurs que les réparations indispensables.

J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur, de vouloir bien m’envoyer cette autorisation le plus tôt possible parce que l’intention du vendeur cessera dès qu’il saura que la commune veut acheter ; et vous, Monsieur, en nous aidant dans ces circonstances et votre crédit et de votre autorité, vous obtiendrez de nouveau droit à la reconnaissance des habitants de FRONTENAY, au bonheur desquels vous n’aurez pas peu contribué dans cette nouvelle circonstance.

 

Tableau comparatif des recettes et dépenses de la commune de FRONTENAY en 1806

        

RECETTES

Centimes additionnels sur les Contributions Foncières et Mobilières : 641,65 francs

Produit du droit de plaçage :

Huit pour cent du produit des patentes : 72,48 francs

Produit de l’octroi : 2 405 francs

Produit présumé des patentes :

Total :           3 119,13 francs

DEPENSES

Dépenses du Maire : 100 francs

Abonnement au bulletin des lois : 6 francs

Salaire du piéton : 68 francs

Salaire du Garde Champêtre : 400 francs

Salaire de l’instituteur primaire : 78 francs

Frais de sureté, propreté et salubrité : 200 francs

Entretien des fontaines publiques etc.… : 80 francs

Traitement du concierge et tambour de la commune  : 36 francs

Dépenses imprévus :  

Total :               1 018 francs

Excédent de la recette :  2101,13 francs

 

Extrait du registre des délibérations du Conseil Général de la commune de FRONTENAY

Aujourd’hui le septième jour du mois d’avril de l’an mil huit cent dix, huit heures du matin, le Conseil Général de la commune de FRONTENAY réuni en vertu de l’autorisation de Monsieur le Préfet de ce département dans sa lettre du trente et un du mois dernier.

Le Maire a donné lecture de la dite lettre par laquelle Monsieur le Préfet autorise conformément à la sienne du dix neuf du mois de mars aussi dernier, a réuni le Conseil Municipal, lundi sept avril présent jour, et à soumettre à sa délibération le projet d’acquisition de la halle de cette commune.

Après cette lecture, le Maire observe au Conseil, qu’il a été informé par voix certaine que les acquéreurs propriétaires de la halle, étaient dans l’intention d’aliéner ce domaine à quelques particuliers de cette commune ; que les intérêts de ses habitants et même ceux des voisins lui avaient fait un devoir de demander à Monsieur le Préfet, l’autorisation que ce Magistrat lui a accordé par sa réponse dont il vient de faire lecture ; qu’en conséquence il soumet à la délibération du Conseil, la question de savoir si l’aliénation de la halle de cette commune de FRONTENAY, faite au profit d’un ou plusieurs particuliers, ne préjudicierait pas d’une manière sensible tant aux intérêts de la commune de FRONTENAY qu’à ceux des communes qui viennent à ses foires et marchés ; et si dans tous les cas, il ne serait pas convenable que le Maire fut autorisé à en faire l’acquisition au profit de la commune.

Sur quoi délibérant considérant que la halle dont s’agit vendue à un particulier, il est de toute impossibilité que les ressources de la commune soient et deviennent assez considérable pour la mettre en mesure d’en faire bâtir une nouvelle ; attendu qu’il existe aucun fonds de terre sur lequel on puisse l’asseoir puisque la place publique est déjà très resserrée dans toutes ses parties, et quand, dans l’absolu, on se déciderait à vouloir s’emparer d’une portion de cette place, on ne parviendrait jamais à se procurer la somme nécessaire à la construction de nouvelles halles, et qu’en outre, diminuant ainsi l’étendue de la place publique, ce serait porter un coup fatal au commerce de cette commune, en ce que les particuliers qui fréquentent les foires, ne trouvant plus d’emplacement, tant, pour leurs bestiaux que pour leurs denrées s’abstiendraient d’y venir.

Que la halle existante aujourd’hui, vendue à un autre qu’à la commune elle-même, il en résulterait évidemment la perte inappréciable du commerce dont elle est susceptible, attendu que les marchands d’étoffes, toiles … qui s’y placent commodément où trouvant plus aussi cette facilité d’étaler et de préserver leurs marchandises des injures du temps ; que les marchands de comestibles de toute espèce qui y alimentent le marchés ; n’y trouvant plus aussi les moyens de se garantir des vicissitudes des saisons, cesseraient d’y apporter les premiers, leurs marchandises, et les seconds les denrées.

Qu’alors, cette commune livrée à elle-même tomberait dans un tel état de dénuement, qu’elle manquerait de toutes ses ressources, et que ses voisins eux-mêmes se ressentiraient tellement de ses malheurs, qu’ils ne trouveraient qu’avec beaucoup de peines, la vente de leurs denrées et de leurs comestibles.

Le Conseil arrête que Messieurs Paul Alexandre SOREAU, cultivateur, et Pierre ECARLAT, charpentier de moulins, propriétaires des dites halles, et demeurant l’un et l’autre en cette commune, seront invités par le Maire à se présenter sur le champ à l’Hôtel de la Mairie ou le Conseil assemblé, pour être entendus et consultés sur l’intention dans laquelle ils paraissent être de vendre la dite halle, et par suite, faire au dit Conseil telles propositions qu’ils aviseront. En effet, les dits sieurs SOREAU et ECARLAT acquiescent  à l’invitation du Maire, introduits dans l’enceinte du lieu des séances du Conseil. Le Maire leur ayant fait part des motifs qui tiennent le dit Conseil assemblé, les dits sieurs SOREAU et ECARLAT ont à l’instant exprimé l’intention dans laquelle ils sont d’aliéner la halle de cette commune. Ayant été instruits que le Conseil désirerait qu’elle devint la propriété de la commune de FRONTENAY et sentant par eux-mêmes de quelle utilité elle lui sera toujours, ils consentent et sont prêts à en faire la cession et transporta à qui de droit, moyennant la somme de deux mille neuf cent soixante deux francs cinquante centimes (2962,50 francs) représentant celle de trois mille livres tournois (3000 livres). En outre, à la charge que les fonds provenant des recettes de l’octroi municipal établi en cette commune, seront exclusivement affectés au payement de la dite halle, et ce, jusqu’à parfait payement d’icelle. Egalement, à la charge de laisser subsister au profit du dit ECARLAT, les ouvertures pratiquées dans son mur mitoyen avec la dite halle à l’extrémité du couchant d’icelle.

Sur quoi le Conseil arrête, qu’il est d’avis qu’il y a lieu à autoriser le Maire de cette commune, à acquérir des sieurs Paul Alexandre SOREAU et Pierre ECARLAT demeurant à FRONTENAY, la halle dont s’agit, pour et moyennant le prix et somme de deux mille neuf cent soixante deux francs et cinquante centimes (2962,50 francs) représentant trois mille livres tournois (3000 livres). Laquelle somme sera prise sur les fonds provenant des recettes de l’octroi municipal établi en cette commune et ce, jusqu’à final payement du montant du prix de la dite acquisition ; qu’il y a lieu à autoriser le dit Maire à en passer acte devant Notaire, toutes formalités voulues précédemment remplis.

Avec cette modification dans la demande des dits vendeurs les ouvertures pratiquées dans le mur mitoyen du dit ECARLAT subsisteront sans qu’il puisse pour cela, prétendre à aucun des avantages que donnent ordinairement les droits de vue sur l’héritage du voisin et encore que le dit ECARLAT ne pourra agrandir les dites ouvertures ; lesquelles conditions les dits vendeurs ont accepté.

Arrêté en outre, le Conseil que le Maire adressera copie du présent à Monsieur le Préfet de ce département avec invitation d’y donner les suites nécessaires.

A FRONTENAY, le Conseil Général de commune et ECARLAT ont signé, le dit sieur ECARLAT a observé que, pour remplir la portion du prix dans lequel il est fondé pour la vente et cession qu’il fait, il demanderait au Conseil de lui céder par estimation à dire d’experts, une étendue de quinze pieds au levant de ses magasins et écuries attenant à la dite place.

Sur quoi le Conseil arrête qu’il ne peut acquiescer aux propositions du dit ECARLAT, attendu qu’aucune des parties de cette place, ne peuvent être vendues, en considérant de son peu d’étendue ; ainsi signé au registre L. ECARLAT, L.A SOREAU, JOUSSELIN, MATHA, GIRAUDET, J. BRIVIN, Joseph PELAUD, CHAUVEAU, LAIDET et pour le Maire MOUNIER jeune adjoint.

Dans les paragraphes qui suivent, sont résumés les doléances de plusieurs habitants de FRONTENAY en faveur du maintien de l’existence et la poursuite de la fonction des halles et donc pour l’acquisition par la commune.

L’an mil huit cent six, le vingt sept mai, onze heures du matin, nous Elie Charles GIRAUDET, Juge de Paix du canton de FRONTENAY, arrondissement de NIORT, Département des Deux Sèvres, Commissaire nommé par Monsieur le Préfet de ce département, en vertu de sa commission en date du vingt neuf du mois dernier aux fins de dresser une information de commodo et incommodo relativement à l’acquisition de la halle sise au dit lieu de FRONTENAY appartenant aux sieurs SOREAU et ECARLAT propriétaires au dit lieu, que la commune se propose d’acquérir, avons fait assigné à comparaitre devant nous ce jour, par exploit de MATHA, Huissier en date du vingt trois de ce mois, enregistré à NIORT le dit jour : les sieurs Antoine PASCAUD cabaretier, Charles BOUROLEAU, propriétaire, Guillaume MALINEAU, propriétaire, Jacques Philippe GERBIER aussi propriétaire, Charles Simon MOUNIER chirurgien, Paul Alexandre THIOU marchand, Louis LAURENT père boulanger et Pierre BOUHIER boucher demeurant tous à FRONTENAY, lesquels ont en effet comparus et fait leurs déclarations ainsi qu’il suit (résumé) :

Le sieur Charles Simon MOUNIER chirurgien demeurant à FRONTENAY, âgé de soixante douze ans, déclara sous serment, qu’il ne connaissait aucune raison d’empêcher l’acquisition de la halle et du terrain sur lequel elle était édifiée. Cette acquisition était, pour lui, de toute nécessité. La position de cet édifice, situé au centre du bourg, touchant d’une part à la Grande Route, de l’autre au champ de foire, l’impossibilité qu’il y avait d’en construire une autre sur le seul terrain public possédé par la commune et trop peu étendu pour la tenue des foires. L’intérêt des habitants de la commune et de tous ceux qui fréquentaient les foires et marchés établis en ce lieu ; enfin tout militait en faveur de cette acquisition.

Le Sieur Jacques Philippe GERBIER, propriétaire demeurant à FRONTENAY, âgé de soixante treize ans, déclara sous serment, qu’il regardait comme fait intéressant pour la commune de FRONTENAY l’acquisition de la halle et du terrain sur lequel elle était édifiée, qu’il n’y voyait aucun inconvénient, et qu’au contraire il y voyait un avantage réel tant pour les habitants de toute la commune, que pour tous ceux qui fréquentaient nos foires et marchés.

Le sieur Charles BOUROLLEAU propriétaire demeurant à FRONTENAY, âgé de soixante sept ans, déclara, après serment, qu’il considérait les halles comme très commode aux habitants de FRONTENAY, et de tous ceux qui fréquentaient les foires et marchés. Il ne voyait en conséquence aucun inconvénient à ce que la commune en fasse l’acquisition, qui, pour tous les rapports était utile et convenable.

Le sieur Guillaume MALINEAU propriétaire demeurant à FRONTENAY, âgé de trente huit ans, déclara, sous serment, que l’acquisition de la dite halle et du terrain qui en dépendait, en faveur de la commune, lui paraissait tellement utile et avantageuse tant aux habitants de ce lieu qu’à tous ceux qui fréquentaient les foires et marchés, qu’on ne devait pas hésiter à la faire. Il ne voyait aucun inconvénient attaché à cette acquisition qui ne représentait que des avantages.

Le sieur Paul Alexandre THIOU marchand demeurant à FRONTENAY, âgé de cinquante deux ans, déclara, sous serment, que l’acquisition projeté de la dite halle, ne présentait rien que d’avantageux pour la commune, et toutes les personnes qui avaient des relations de commerce soit aux foires et marchés ou autrement.

Le sieur Pierre Louis LAURENT, boulanger, demeurant à FRONTENAY, âgé de soixante quatre ans, déclara, sous serment, que la halle de ce lieu était infiniment commode tant aux habitants de FRONTENAY qu’à tous ceux qui fréquentaient les foires et marchés ; qu’il ne voyait aucun inconvénient à ce que la commune en fasse l’acquisition.

Le sieur François BOUHIER, boucher, demeurant à FRONTENAY, âgé de trente huit ans, déclara, sous serment, qu’il regardait la halle de ce lieu comme un édifice absolument nécessaire à la commune, tant pour placer à l’abri des injures du temps les marchands en temps de foire, que pour y tenir les marchés qui avait lieu une fois toutes les semaines. Il ne voyait en conséquence que des avantages dans l’acquisition projetée par la commune, de la dite halle et du terrain sur lequel elle était édifiée.

Le sieur Antoine PASCAUD, cabaretier, demeurant à FRONTENAY, âgé de soixante quatre ans, déclara, sous serment, que la position de la halle de ce lieu, qui était au centre du bourg, ne présentait que des avantages tant aux habitants de la commune qu’à tous ceux qui fréquentaient nos foires et marchés et même aux voyageurs qui, souvent, s’y mettaient à l’abri des injures des mauvais temps qui les surprenaient en route ; qu’en conséquence, il ne voyait rien que d’avantageux dans l’acquisition projetée de la dite halle et du terrain qui en dépendait par la commune de FRONTENAY.

Dans ce paragraphe, se trouve l’estimation des halles par des experts de la commune :

Aujourd’hui, nous René NEAURISSON, Charpentier et Jean MOUNIER, Instituteur, demeurant les deux en la commune de FRONTENAY, experts nommés savoir René NEAURISSON, par Monsieur le Maire dans les intérêts de la commune et Jean MOUNIER dans ceux des Sieurs Paul Alexandre SOREAU propriétaire et Pierre ECARLAT charpentier ; à l’effet de procéder à l’estimation des halles de cette commune dont les dits Sieurs SOREAU et ECARLAT sont propriétaires de désigner leur étendue et confrontation, après avoir accepté la commission et promis de nous en acquitter fidèlement, nous nous sommes transportés au dit lieu, ou étant arrivés nous y avons procédés ainsi qu’il suit :

1° - Après avoir vu, considéré et examiné le local qui consiste uniquement en une toiture ou charpente couverte en tuile soutenue en l’air par différents piliers de bois sans aucune maçonne, nous en avons conjointement et unanimement  fixé le prix à la somme totale de deux mille neuf cent soixante deux francs et cinquante centimes représentant celle de trois mille livres tournois : 2962,50 francs

2° - Après avoir également eu considéré leur étendue, nous avons reconnu que l’emplacement qu’elle occupe consiste en vingt deux mètres de longueur et en quinze mètres de largeur.

3° - le dit emplacement confronté par le bout du levant et par le côté du nord, à la place publique ou champ de foire de cette commune, du midi, à la Grande Route de NIORT à LA ROCHELLE et du bout du couchant au mur du ci devant parquet du dit lieu vu la charpente de la dite halle est incrustée.

Les halles furent raccourcies au début du XX° siècle, le toit ne prenant plus appui sur le pilier qui servait de panneau d’affichage. Une fontaine était accolée au pilier, fontaine alimentée par un puits se trouvant devant le café, puits de 9,50 mètres de profondeur, avec un accès direct par souterrain et une enclave pouvant servir de cachette, vestige de l’histoire mouvementée de FRONTENAY ROHAN-ROHAN.

Le Référendum des habitants, en 1921, donnant par 220 voix la préférence à l’emplacement des Halles, pour y ériger le monument aux Morts de la Guerre, signa l’arrêt de mort des Halles de FRONTENAY. En 1922, Le Conseil Municipal, dans la séance du 8 janvier, adopta définitivement le vœu de la majorité des habitants.

Nous sommes donc à présent en 1921, plus question de rachat ou de restauration mais plutôt la décision de démolition des halles en raison de leur insalubrité et leur vétusté mais également pour l’érection du Monuments aux Morts glorifiant les enfants de la commune qui ont donné leur vie pour la patrie :

 

Vente aux enchères publiques  et démolition des halles communales

PROCES VERBAL D’EXPERTISE

L’an mil neuf cent vingt et un, le deux décembre, à treize heures et demie, nous soussigné, HEURTEBISE Eugène, agent voyer cantonal à NIORT, rue de BRIOUX, n°87, désigné par Monsieur le Maire de FRONTENAY pour procéder à l’expertise des halles communales en vue de leur vente aux enchères publiques et de leur démolition décidées par délibération du Conseil Municipal en date du 20 novembre 1921, nous nous sommes transportés au bourg de FRONTENAY afin de procéder en présence de Monsieur le Maire, à l’examen et à l’estimation des halles dont il s’agit.

Là étant, nous avons constaté que ces halles occupent un emplacement inscrit au plan cadastral de la commune de FRONTENAY sous le n° 1105 de la section K et qu’elles confrontent au Nord à une rue les séparant de la place de l’église, à l’Ouest à une maison appartenant à Madame veuve GRASSIN, au Sud à la route nationale n° 11 de PARIS à ROCHEFORT, à une rue du bourg.

L’emplacement occupé par les halles présente une superficie d’environ 2 ares 80. Elles sont limitées au Nord et au Sud par deux murettes de 0,60 mètres d’épaisseur présentant respectivement 0,65 mètres et 0,80 mètres de hauteur. L’angle Est de la murette Sud comporte un pilier en maçonnerie supportant une pompe. Les halles sont adossées à l’Ouest à la maison de Mme veuve GRASSIN, dont le mur séparatif est mitoyen. Les murettes Nord et Sud, le pilier et la pompe, ainsi que les trois bornes existant dans les passages des dites murettes, sont réservés par la commune et il n’y aura par suite pas lieu de les démolir. Il en sera de même de la bordure limitant le passage à l’Est et le séparant du trottoir de la rue. 

Le sol des halles comporte un pavage en matériaux calcaires irréguliers dont une grande partie est gelée. La couverture, en tuiles ordinaires, qui a été revue en 1919, présente une surface d’environ 330 m2. Elle est éclairée par quatre châssis vitrés qui sont réservés par la commune et repose sur un voligeage jointif en bois blanc en bon état. La charpente est constituée par six fermes comprenant quatre poteaux de 0,25 mètre montés sur dés en pierre, un entrait central de 0,20 mètre sur 0,20 mètre, deux arbalétriers centraux de 0,10 mètre sur 0,20 mètre et des liens et contrefiches de 0,08 mètre sur 0,10 mètre. Les fermes supportent onze cours de pannes de 0,10 mètre sur 0,22 mètre sur lesquelles reposent 78 chevrons de 0,07 mètre sur 0,08 mètre supportant eux-mêmes le voligeage jointif précité et la couverture. Des planches de rives existent au Sud et à l’Est. L’ensemble des chevrons et des six cours de pannes sont en sapin, à l’état neuf ; le surplus de la charpente est en vieux bois.

Nous estimons qu’il y a lieu de faire l’évaluation en trois lots sur les bases ci-après :

1° lot : Couverture, ne comprenant que les tuiles. En égard à ce qu’elle a été revue récemment et qu’elle se trouve en bon état, il convient, tout en tenant compte des déchets et de la main d’œuvre de démolition, de lui assigner une valeur de mille trois cent francs : 1 300 francs

2° lot : Charpente, comprenant tous les bois et les douze dés en pierre supportant les poteaux de la travée centrale – compte tenu de l’état des bois et de la main d’œuvre de démolition, la valeur de l’ensemble peut être fixée à la somme de mille huit cents francs : 1 800 francs

3° lot : Pavage. La plupart des pavés étant gélifs, il parait suffisant, en défalquant le coût de la démolition de lui attribuer une valeur de cent cinquante francs : 150 francs

D’où une estimation globale pour les trois lots de trois mille deux cents cinquante francs : 3 250 francs

 

Extrait du Registre des DELIBERATIONS DU CONSEIL MUNICIPAL

de la commune de FRONTENAY

Séance ordinaire du 8 janvier 1922

Objet : Résultat de l’enquête concernant l’aliénation des halles

L’an mil neuf cent vingt deux, le huit du mois de janvier à deux heures du soir, le Conseil Municipal de la commune de FRONTENAY, assemblé, au lieu ordinaire de ses séances, en session extraordinaire, sous la Présidence de Monsieur le docteur MESNARD Maire, à la suite de la convocation faite par Monsieur le Maire de la dite commune le cinq de ce mois.

Présents : Messieurs MESNARD, Maire ; JUIN, Adjoint ; MARCHAND, CHOUX, ALLEAU, CANTEAU, SARRAZIN, IMBERT, RAISON.

Lesquels forment la majorité des membres en exercice et peuvent délibérer d’après les termes de l’article 50 de la loi du 5 avril 1884.

Absents : Messieurs CHASSEAU, MOUNERON, LUCAS, CATHELINEAU, NORMAND et GORET

Il a été, en conformité de l’article 53 de la loi précitée, procédé immédiatement à l’élection d’un secrétaire pris dans le sein du conseil : Monsieur ALLEAU, ayant obtenu au scrutin la majorité des suffrages, a été désigné pour remplir ces fonctions qu’il a acceptées.

Monsieur le Président a ouvert la séance et a exposé que le Procès-verbal d’enquête sur le sujet d’aliénation des halles, dont la vente a été décidée par le Conseil Municipal en sa séance du onze décembre mil neuf cent vingt et un, pour ériger en sa place le Monument aux Morts.

Considérant que, dans le référendum de la souscription des habitants, deux cent vingt souscriptions et parmi eux, le Commissaire Enquêteur et quatre protestataires, se sont prononcés pour que le Monument aux Morts soit élevé sur l’emplacement des halles ;

Considérant que parmi les 31 protestataires, dix n’ont rien versé à la souscription ;

Considérant que les protestataires paraissent ne pas vouloir conserver les halles en tant que halles, nous semblent plutôt vouloir leur aménagement en une salle de fêtes ou de réunions ;

Considérant que cette transformation entraînerait la commune dans de grosses dépenses ; 

Considérant que, depuis de nombreuses années, il n’existe plus, ni foires, ni marchés et que rien ne saurait prévoir leur reprise ;

Considérant que les halles, monument très ancien coûtent cher d’entretien pour ne rendre aucun service d’ordre public :

Le Conseil Municipal, voulant rendre aux Morts de la grande Guerre l’hommage éclatant dû à leur sacrifice et estimant que, pour honorer comme il convient ceux qui ont tant donné, il n’y a lieu de procéder ni à des marchandages, ni à des polémiques et que la plus petite belle place doit être réservée à leur Monument.

Le Conseil Municipal persiste formellement dans sa décision prise le 20 novembre 1921, de procéder à la vente des halles pour que, sur son emplacement, soit érigé le monument élevé à la glorification des enfants de la commune Morts au Champ d’Honneur.

 

Extrait du Registre des DELIBERATIONS DU CONSEIL MUNICIPAL

de la commune de FRONTENAY

Objet : Vente des halles

L’an mil neuf cent vingt deux, le trente avril à dix heures, le Conseil Municipal de FRONTENAY légalement convoqué, s’est réuni en session extraordinaire à la Mairie, sous la Présidence de M. le docteur MESNARD Maire.

Etaient présents : MM MESNARD, JUIN, SARRAZIN, CHASSEAU, RAISON, CHAIX, ALLEAU, MOUNERON, IMBERT, NORMAND, CATHELINEAU et CANTEAU

Monsieur le Maire fait connaître au Conseil Municipal les résultats de la mise en vente aux enchères publiques des matériaux des halles, dont la démolition a été votée afin que sur leur emplacement soit érigé le Monument élevé à la glorification des enfants de la commune Morts pour la France.

Aucun acquéreur n’ayant mis enchères sur le prix d’estimation, les Conseillers présents à la vente après consultation de la loi sur l’organisation municipale du 5 avril 1884, estimèrent qu’il y avait possibilité de consentir un rabais. Les matériaux des halles furent donc adjugés aux enchères pour le prix de deux mille vingt francs à Monsieur METAYER Maxime, industriel à FRONTENAY.

Monsieur le Maire rend compte que cette vente conditionnelle ne peut devenir définitive qu’après une délibération nouvelle du Conseil Municipal et approbation de Monsieur le Préfet.

Après discussion, le Conseil Municipal au bulletin secret par sept voix contre six sur treize membres présents, décide d’approuver la vente faite des matériaux des halles le 23 avril 1922 à Monsieur METAYER Maxime et demande à Monsieur le Préfet de vouloir bien rendre exécution la dite vente.

Les halles furent raccourcies au début du XX° siècle, le toit ne prenant plus appui sur le pilier qui servait de panneau d’affichage. Une fontaine était accolée au pilier, fontaine alimentée par un puits se trouvant devant le café, puits de 9,50 mètres de profondeur, avec un accès direct par souterrain et une enclave pouvant servir de cachette, vestige de l’histoire mouvementée de FRONTENAY ROHAN-ROHAN.

C’est une coïncidence digne de remarque, que le 700° anniversaire de l’établissement des halles de FRONTENAY dans un cimetière, ait vu disparaitre cette construction en 1922, pour l’érection d’un monument élevé à la mémoire des morts les plus méritants de la guerre 1914-1918 de la localité. Les matériaux des halles furent vendus aux enchères le 23 avril 1922, pour une somme de 2 200 francs, et après les formalités et autorisations nécessaires, une équipe d’ouvriers fit promptement disparaître, du mardi 9 mai au samedi 13 mai 1922.

Ainsi ce terrain, emprunté en 1222 au cimetière, qui entourait l’église, fut de nouveau consacré à des morts et rendu à sa destination première. Il porte désormais le nom de « Square Pasteur ». Jusqu’en 1922, ce coin de FRONTENAY avait conservé un air tout à fait moyenâgeux, avec cette halle dominée par le beau clocher qui nous est resté de l’église romane, toute neuve encore en 1222, lorsque fut aménagée la halle du Comte de la Marche.

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