FRONTENAY à la Révolution

Les Cahiers de Doléances

Les habitants de ROHAN-ROHAN, assemblés le 8 mars 1789, sous la présidence du citoyen Jean-Paul LAIDIN-LABOUTERIE, Conseiller du Roi, rédigèrent leur cahier de doléances. La quasi-totalité de ses seize articles concernaient les impôts et les dîmes ecclésiastiques estimés trop lourds et injustement répartis. Quatre délégués, Thomas JUNIN, marchand, Pierre-Modeste JOUSSELIN, procureur ducal, Etienne de LA GIVERNIERE et Jean-Baptiste LOISEAU allèrent déposer le document à SAINT-JEAN-D’ANGELY.

 

Arrêté relatif à l’armement de la Milice Nationale de FRONTENAY

Le 4 juin 1790, les Commandant, Officiers et Soldats de la Milice Nationale de ROHAN-ROHAN comparurent devant le Maire Pierre Joseph BOUTHET DE LA RICHARDIERE et les Officiers Municipaux de la ville, assemblés en la maison commune, pour leur indiquer, qu’étant sans armes pour faire leurs services, il leur était impossible de maintenir le bon ordre dans la ville et de prêter main forte. Ils requirent de la municipalité de vouloir y remédier.

Après avoir délibéré sur cette demande, devant le Procureur de la commune, il s’avéra que la Municipalité ne pouvait accorder la demande de la Milice Nationale car aucun fonds n’était disponible pour faire cette dépense. Mais la Municipalité considéra que le bien public exigeait que cette troupe fusse armée sans délais. Il fut donc arrêté que Monsieur DE LA RICHARDIERE, Maire de ROHAN-ROHAN, et Messieurs le Chevalier de SAINT HILAIRE et COUDRET, Officiers de la dite Milice iraient consultés le Député Monsieur le Duc de MAILLE, Commandant en chef de cette province, pour le prier de vouloir bien prendre en considération le présent arrêté, et d’accorder et faire délivrer à la milice nationale de la ville, les armes  nécessaires consistant en cent fusils et cent baïonnettes et autres armements.

L’exécution du dit arrêté se concrétisa le 4 juillet 1790, devant les Maire et Officiers Municipaux réunis en la maison commune de la ville, avec le Commandant et les Officiers de la Garde Nationale pour délibérer. Ils laissèrent, en fait, au Commandant de la Garde Nationale, la pleine et entière disposition des cinquante fusils et baïonnettes délivrés, comme il le jugerait à propos, pour l’armement des Soldats Nationaux de la commune de ROHAN-ROHAN.

 

Curé et Maire : Pierre Joseph BOUTHET DE LA RICHARDIERE

Officiers Municipaux : LOYSEAU–C. BOUROLLEAU–ECARLAT–P.L LAURENT

Procureur  : CHEBROULT

Commandant : J. COUTOCHEAU DE SAINT HILAIRE

Secrétaire : MOUNIER

Lieutenant : MOUNIER

Capitaine en second : BOUHAULT

Major : COUDRET, BASTARD        

  

Une émeute à FRONTENAY ROHAN ROHAN le 8 septembre 1790

La rareté et la cherté des grains sur le marché de NIORT du 2 septembre 1790 provoquèrent une véritable émeute dans cette ville.

Le peuple excité, dit-on, par certains agents secrets, vitupérèrent contre les spéculateurs, menacèrent de pendre tous les marchands de blé et réclamèrent la taxation de ces denrées  alors que l’assemblée nationale venait d’en décréter la libre circulation.

Pendant 48 heures la colère gronda. Finalement, le dimanche 5, le peuple assiègea l’Hôtel de Ville. Les cris, menaces et injures montèrent de tous côtés. Craignant pour leur vie, les maire et officiers municipaux firent appel à la garde nationale et aux cavaliers du quartier DUGUESCLIN. Mais les émeutiers restèrent les maitres de la situation et ne se dispersèrent qu’après avoir obtenu satisfaction, c'est-à-dire la taxation du prix du blé à 4 livres le boisseau et la baillarge à 2 livres.

Cette sédition ne manqua pas d’avoir des répercussions dans certaines localités voisines de la ville de NIORT où les habitants de ces bourgades viennent ordinairement se ravitailler.

A FRONTENAY ROHAN ROHAN notamment, le 8 septembre, à l’issue de la première messe et sur les huit heures du matin, un nombre assez important de personnes se réunirent sous les halles et, après avoir tenu des propos indiscrets et menaçants, se rendirent chez Monsieur BOUTET, curé et maire.

En tête du mouvement se trouva un nommé GUITON, homme jugé le plus dangereux de tous. Une centaine d’émeutiers, tous habitants de cette paroisse, vinrent représenter au sieur BOUTET, avec beaucoup de bruits et menaces, qu’il y avait dans cette paroisse plusieurs marchands de blé qui achetaient de toutes parts et que les particuliers et fermiers retenaient chez eux leur grain et refusaient de vendre au peuple qu’ils ne pouvaient en avoir pour leur argent, qu’enfin, si on n’y remédiait pas, ils seraient obligés de mourir de faim, qu’ils avaient été le jeudi précédent au marché de NIORT, qu’ils n’avaient pu en avoir et que, désespérés, ils exigeaient de la municipalité qu’elle contraignit les marchands et les particuliers qui ont du blé à vendre, d’en apporter le mercredi au marché de ce lieu et en quantité suffisante pour satisfaire à leurs besoins. Le citoyen maire leur ayant répondu qu’il n’était pas dans l’usage de vendre des grains au marché de FRONTENAY, qu’il ne pouvait ni ne devait s’opposer à la libre circulation de ces denrées et qu’ils trouveraient à l’avenir au marché de NIORT leur nécessaire, parlementa sagement avec ces excités dans le but de les rendre à la raison. Peine perdue. Les émeutiers se dirigèrent alors vers l’église, sonnèrent de force le tocsin, menacèrent de tuer, saccager, si on ne leur donnait pas satisfaction. D’autre part, ils demandèrent à connaître la quantité de blé qu’il y a dans la paroisse.

Pour tranquilliser ce peuple effréné et pour éviter qu’il ne se livre à des excès fâcheux, la municipalité se détermina à faire placarder une affiche par laquelle elle engagea les marchands et les particuliers qui avait du blé à vendre, à en apporter au marché, tel étant le vœu du peuple.

Les choses n’en restèrent pas là. Toujours menaçantes, ces personnes déchaînées obligèrent le maire et les officiers municipaux à effectuer une visite dans les greniers pour constater la quantité de grains se trouvant dans la paroisse. Craignant pour leur vie, les membres de la municipalité se firent accompagner par les gardes nationaux, mais ces derniers se rangèrent du côté des révoltés, menaçant même leurs officiers à la moindre observation.

Y avait-il vraiment pénurie de grain ? Non. C’est l’hostilité du peuple envers les producteurs et les marchands qui fut la cause de l’émeute.

En effet, dès le lendemain jeudi 9 septembre, le minage de NIORT était abondamment garni.

A ce marché, écrit Jean Paul MARTIN, le futur propriétaire des domaines de Faugerit, il y eut plus de 1 000 boisseaux de blé tant froment que baillarge. Quoique 300 boisseaux suffisent ordinairement pour le garnir, les 1 000 ne purent suffire ; un grand nombre de personnes ne purent en avoir et furent forcées de recourir aux particuliers qui en avaient chez eux et qui ne se souciaient pas d’en donner, après la visite qui avait été faite dans les greniers. Cependant tout s’était passé tranquillement.

Tout étant rentré dans l’ordre, la municipalité se réunit le dimanche suivant 15 septembre, afin de faire le point de la situation. Une déclaration officielle inscrite sur le registre des délibérations est ainsi conçue :

« Aujourd’hui 15 septembre 1790, nous maire et officiers municipaux de ROHAN – ROHAN, étant assemblés à la chambre commune pour dresser procès-verbal de ce qui s’est passé à l’égard des grains, nous avons procédé à la manière qui suit : le peuple désespéré de ce que l’on n’avait point voulu leur donner de grain pour leur argent au marché de NIORT, nous a représenté avec violence et menaces de leur procurer des grains, nous avons cru qu’il était de notre sagesse pour éviter une insurrection prête à éclater, d’inviter les marchands de blé et les propriétaires qui en ont à vendre d’en apporter au marché, ce qu’ils ont librement fait. Le marché ouvert, le peuple a demandé le prix. On lui a fait 5 livres le froment et 3 livres la baillarge ce à quoi ils n’ont pas voulu adhérer, disant qu’il était taxé à NIORT savoir le froment à 4 livres le boisseau et la baillarge à 2 livres et qu’il était taxé à NIORT au premier marché au dessus du prix ci-dessus, et dans la crainte de révoltes, les marchands et les particuliers se sont déterminés à le donner au même prix le tout librement et sans que nous leur ayant enjoint de le faire, ne voulant en rien nous opposer à la libre circulation et vente des blés qui nous est si recommandée par l’assemblée nationale et s’il se trouve des obstacles à la vente et circulation des blés, elle ne vient que de la part du peuple qui a la force majeure et qui agit en conséquence ».

Une contestation étant survenue pendant cette période troublée entre plusieurs vendeurs et acheteurs, le président et les officiers du directoire du district de NIORT enjoignent le 22 septembre à la municipalité de ROHAN ROHAN de se conformer aux décrets de l’assemblée nationale des 29 août, 6 et 30 mai précédents concernant la libre circulation des grains et de se faire donner main-forte, si besoin est, par la milice nationale, la maréchaussée et la troupe.

A la date du 24 septembre, les maire et officiers municipaux, assemblés à cet effet, répondent qu’ils n’ont nullement cherché à entraver la circulation des grains et que c’est avec bien des peines qu’ils ont vu l’insurrection du peuple et leur mauvaise conduite à leur égard et ajoutent que messieurs du directoire du district peuvent prendre connaissance de ce qui s’est passé par les procès-verbaux qui ont été remis entre les mains de monsieur le procureur général du département.

Bientôt tout rentra dans l’ordre. D’ailleurs, la récolte ayant été abondante et la famine n’étant plus à craindre, il n’y avait plus en ce sens aucun prétexte pour fomenter une agitation semblable à celle que nous venons de décrire.

 

Dons volontaires à la Nation

Le 10 avril 1793, le Maire et les Officiers Municipaux de FRONTENAY L’ABATTU se déplacèrent au directoire du District de NIORT, pour y conduire, relativement à la loi du recrutement, les recrues du 24 février 1793. Pour ce qui concernait l’habillement des volontaires nationaux, furent requis les habitants de la commune munis d’habits d’uniforme :

-      Le citoyen BOUHAULT fit don du sien complet à la Nation

-      Le citoyen François GERBIER, secrétaire du juge de paix, fit don aussi de la nation d’un habit complet uniforme pour un volontaire de cette commune

-      Le citoyen COUDRET fit pareillement don à la patrie d’un habit uniforme seulement

-      Le citoyen MATA, fit don à la patrie d’une veste uniforme

-      Le citoyen Modeste JOUSSELIN fit don à la patrie d’un sabre

Tous les habits ci-dessus ne furent pas estimés, puisqu’ils furent donnés par civisme à la patrie. Comme il resta quatre habits, deux vestes et une culotte d’uniforme, appartenant au sieur COUTOCHEAU qui ne fit pas le même hommage, il fut utile, conformément à la loi du 24 février 1793, article 7 titre 2, d’en faire l’estimation par experts. Les citoyens AUGUSTIN et LACROIX, tailleurs de cette ville furent nommés et mandés en conséquence. Après avoir pris d’eux le serment de bien et fidèlement s’acquitter de la commission du Directoire du District, ceux-ci examinèrent des dits objets et les estimèrent pour une somme de cent soixante cinq livres.

 

Destruction des titres féodaux de FRONTENAY

Le 10 novembre 1793, le Maire, les Officiers Municipaux et les Membres du Conseil Général de la commune de FRONTENAY, réunis en la chambre commune, en conformité du décret du 17 juillet dernier, les citoyens COUTOCHEAU SAINT HILAIRE, JOUSSELIN PRENEUF, JOUSSELIN, Notaire et Receveur de la dite terre de FRONTENAY, ARNAUD, Notaire, la veuve BOURDEAU, Jean JAU, Ecuyer Seigneur de Chantigné (ST SYMPHORIEN), LAIDIN DE LABOUTERIE, MANCEAU, veuve HELIOT DESGROIS, GIRAUDET, fermier de Faugerit, déposèrent, entre les mains du greffier de cette dite commune, tous les titres féodaux et censuels, papiers terriers et autres dont ils étaient possesseurs ou gardiens, parmi lesquels il y avait une petite partie de ceux de la citoyenne DAITZ, veuve ROULIN, de la commune d’EPANNES.

Considérant qu’il fallait se hâter de détruire les vestiges de la féodalité, il fut requis qu’ils le soient à l’instant au pied de l’arbre de la Liberté. Tous les intervenants se rendirent sur place et le secrétaire greffier déposa au pied du dit arbre de la Liberté tous les dits titres, et après y avoir mis le feu au terme du susdit décret, ils furent consumés en présence du peuple assemblé qui fit éclater sa joie la plus vive, chanté, avec les Membres de la Municipalité l’hymne de la Marseillaise et répétés les cris de : vive la République ».

 

Délibération autour des accessoires du culte en 1793

Dans une délibération du dix huit frimaire de l’an II (8 décembre 1793) de la République Française, les Maire, Officiers Municipaux et Membres du Conseil Général de la commune de FRONTENAY, réunis dans la Chambre commune, sous les observations du Procureur de la dite commune, décidèrent à l’unanimité que les vases d’or et d’argent qui servent au culte catholique en cette commune et consistant en deux calices, deux patènes, un ciboire, un soleil, un encensoir, et sa navette, un petit plat d’argent, un custode, le tout d’argent et une croix de cuivre lavé d’argent avec une petite clochette, seront transportés au district par la citoyenne veuve BRUNET, commise à cet effet.

Le 8 janvier 1794, Jacques Louis BOUHAULT et Pierre Auguste CAILLETEAU se conformèrent à la lettre écrite à la Société Populaire de FRONTENAY par le Directoire du district de NIORT du 2 janvier 1794, pour effet de faire enlever de l’église, toutes les marques et tous les ornements de l’ancien Régime. Les sieurs BOUHAULT et CAILLETEAU se rendirent dans la maison commune de FRONTENAY où ils trouvèrent les officiers municipaux. Après leur avoir expliqué le sujet de leurs démarches, ces derniers répondirent que, considérant qu’on ne pouvait trop se hâter de faire enlever tous les objets d’hypocrisie du culte et du fanatisme subsistant dans l’église de la commune, ils furent prêts de concourir à l’enlèvement de tous ces objets. En conséquence, les intervenants avec les officiers municipaux se transportèrent dans l’église de FRONTENAY et trouvèrent les objets suivants : Primo, une lampe, un bénitier avec son goupillon, le toute en cuivre, une grande boîte ronde avec sa couverture, une boîte à huile, la coupe avec ses canettes, le tout en plomb ou étain, deux petits bon-dieu en fonte, une pierre ardoise, idem en marbre, trente sept morceaux de linge, quatre vingt six pièces d’ornements, neuf pièces devant d’autel, un calice avec sa coupe, un ciboire et sa couverture, le tout de plomb et étain. Tous ces objets de culte et de fanatisme furent enlevés.

  

Différents évènements de la Révolution à FRONTENAY

 

Plusieurs manifestations Républicaines se déroulèrent pendant  la Révolution. La fête de la liberté, le 27 juillet 1796 (9 thermidor An IV) fut célébrée en grande pompe. En tête du cortège défilèrent « les pères et les mères de jeunes filles, suivis des garçons et filles de dix-huit ans, des enfants et des hommes (aux chapeaux ornés de rubans tricolores) et de femmes tenant une branche de chêne, des administrateurs, du commissaire du directoire exécutif, et des corps constitués du canton entourés des gardes nationaux ». Après les discours et les chants, un bal autour de l’arbre de la Liberté termina la journée.

 

Rattaché en 1790 au canton de PRAHECQ, FRONTENAY devint FRONTENAY-LE-PEUPLE, par arrêté du 27 octobre 1801. Le canton comprenant également les communes d’AMURE, ARCAIS, BESSINES, CREPE, EPANNES, SANSAIS, SAINT SYMPHORIEN, VALLANS et LE VANNEAU.

 

Confisquée au profit de la nation, la métairie appartenant précédemment au prieuré Saint-Gaudent avec bois, moulin, terre et dépendances diverses fut acquise le 4 septembre 1800, moyennant 46 511 francs par la dame Elisabeth TEXIER veuve COUTANTIN, pour le compte du citoyen Louis-Antoine BENOIST-VILLAIN, propriétaire à NESLE-L’HOPITAL (Somme).

 

Le 25 juillet 1794, les halles de FRONTENAY, dépendant de la succession du Prince de Soubise, furent vendues aux sieurs SAUREAU et ECARLAT.

 

Les sieurs Luce et Louise COUTOCHEAU, le 5 août 1796, rachetèrent, pour 4705 Francs, la maison du maître, jardin et terres attenantes, mise en vente par la Nation du fait de l’émigration de leurs frères.

 

Diverses pièces de terre appartenant précédemment à la cure, à la fabrique paroissiale et à la Confrérie Saint Nicolas, furent acquises par les citoyens Pierre PELOQUIN, cultivateur à Bois-Jard, Emile GIRAUDET, Pierre-Sébastien CHAUVEAU, Louis-Antoine BENOIST-VILLAIN et par Louis ESSERTEAU, propriétaire à NIORT.

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