L'abbé BOINOT curé-artiste et ses oeuvres

Auguste Constant BOINOT, curé-doyen et vice-archiprêtre de FRONTENAY, du 19 avril 1846 à mai 1859 était un véritable artiste. En dehors des occupations absorbantes de son ministère  paroissial, il se livra constamment à des travaux manuels et artistiques. Prêtre érudit et véritable artiste, il a doté son ancienne paroisse d’estimables travaux de sculpture sur bois et sur pierre, au nombre desquels je citerai : les vantaux et la partie supérieure de la porte latérale de l’église, représentant Saint Pierre assis, le patron de la paroisse, et l’entrée monumentale du cimetière de FRONTENAY.

Ses essais de peinture sur verre, quoique moins heureux, comme coloris et finesse de touche, n’en dénotèrent pas moins une véritable entente artistique du dessin, de la valeur des nuances et des formes traditionnelles des personnages représentés. Deux grandes fenêtres en ogive, de la partie nord-est de l’édifice cultuel, et la baie romane au dessus du grand portail d’entrée à l’ouest, furent ornées de vitraux peints par ses soins. Il dessina et cuit dans des fours qu’il avait construits au presbytère même de FRONTENAY, plusieurs vitraux de FRONTENAY :

-     Il rappela les deux premières formes de la légende de Sainte Macrine dans un vitrail  de l’église de FRONTENAY ROHAN-ROHAN, peint en 1853. En effet, dans une rosace trilobée sculptée, placée à la partie supérieure de la seconde baie à partir de l’autel Saint Joseph, laquelle était consacrée aux images de Saint Gaudens et de Saint Hilaire, l’artiste représenta, sur fond violet, en buste, la sainte Macrine de l’antique tradition populaire. Elle était vêtue d’une tunique blanche avec ceinture d’or, et d’un manteau bleu, agrafé et bordé aussi d’or. Cheveux blonds et coiffure blanche ancienne. Elle tenait à la main droite la macrocère, ou longue corne de bœuf de la légende hiératique.

-     La première fenêtre de la partie gauche de l’église représentait Saint Pierre dans la maison de Caïphe, debout, tête nue, les mains jointes et priant. Il était vêtu d’une tunique brune recouverte d’un manteau ou toge bleu foncé. Au fond, une baie, dont le faîte était à plein ceintre, supportait une espèce de niche où l’on voyait le coq symbolique de la légende dorée. A travers un porche, on distinguait trois personnages : un homme recouvert d’une toge jaune, un juif vêtu de brun, se chauffant, et la servante de Caïphe, habillée de vert. La scène faisait allusion au reniement de Saint Pierre ; ses traits étaient la traduction plus ou moins heureuse d’un portrait de famille. Près des initiales de l’artiste, CB, on lit la date : 1853. La partie ogivale et l’encadrement de la fenêtre, furent ornés de phylactères avec légendes, de feuilles et de fleurs de colorations variées.

-     En face de l’autel, la fenêtre romane au dessus de la grande porte d’entrée à l’ouest, contenait un vitrail d’une composition assez heureuse : c’était un Saint Jean Baptiste nimbé, tenant la croix, assis sur le bord d’une fontaine où poussaient des nénuphars et des herbes aquatiques. Rochers au fond, en paysage. Le Saint était couvert d’une loge brune violâtre, sur son vêtement de toison traditionnelle. La bordure, fond bleu, composée d’ornements bruns et fleurs de diverses couleurs, contient au faîte, un médaillon rond, fond or, avec le chef du christ ; sept têtes de Saints, aussi nimbées d’or, s’espacent pour compléter l’ornementation de la bordure.

On doit encore au ciseau habile de sculpteur de l’abbé BOINOT :

-     La porte latérale de l’église de FRONTENAY, en chêne sculpté, dont les deux vantaux présentèrent de délicates et profondes moulures verticales et parallèles. Sur l’imposte plein ceintre, un magnifique Saint Pierre, nimbé, tient un livre ouvert et la clef symbolique. Il est assis dans une haute chaire ornée, avec dais. C’est en somme une excellente réduction, superbement fouillée, du Saint Pierre de ROME. La statuette repose sur un piédestal supporté par l’image écrasée du démon. Comme fond, un lacis d’oves chantourné, donne au tout, l’ensemble le plus séduisant.

-     Une élégante porte en pierre, en plein ceintre, et d’une belle hauteur, donne accès au cimetière. Le couronnement et l’architrave, sont sobrement ornés de moulures et d’une grande branche de cyprès posée horizontalement, et d’un naturel parfait. Sur elle s’enroule en trois volutes, un phylactère portant l’inscription :

EXPECTO RESURRECTIONEM MORTUORUM 

Sur le montant de droite, l’artiste a réuni en un groupe formant cartouche : la trompette du jugement dernier, l’épée de justice et la palme des élus, mis en croix Saint André. Une couronne d’immortelles entrelace le tout en son centre. Le montant de gauche est orné d’une grande croix processionnal, avec draperie tombant de son croisillon. Elle supporte, en son milieu, un livre ouvert, sur la page gauche duquel on lit : requiem tibi dabit dominus. Après le mot Priez, on continue sur la page de droite : pour l’âme de Messire A. C. BOINOT, curé doyen de céans, qui a sculpté cette porte l’an 1856.

-       Une chapelle funéraire, en forme de rotonde, avec plateforme, à laquelle on accédait par deux escaliers placés extérieurement, de chaque côté. Sur cette plateforme, une croix dont le piédestal était délicatement ornée d’un bourrelet formé de deux grosses branches d’épines entrelacées, du plus artistique effet. Pour l’écoulement des eaux de la plateforme, deux grande gargouilles représentaient : l’une, l’ange du mal, et l’autre la mort. Cette chapelle, qui se trouvait à l’extrémité ouest du cimetière, en face la porte d’entrée à l’est, fut détruite et le piédestal que l’on voyait encore dans l’église, fut seul conservé. Le reste fut malheureusement brisé, et servit à paver la route.

Pour complémenter cette description, le Mémorial des Deux Sèvres rapporte un article « Peinture sur verre », adressé en 1853 au Préfet du département par M.BOINOT, Curé de FRONTENAY.

Jusqu’en 1880, tout projet de création, dans une église, d’un élément de décor, de mobilier ou de vitrail était alors soumis à la validation du préfet et de l’Evêque. Ce fut l’une des raisons qui conduisit l’abbé BOINOT à raconter au Préfet par le menu ses découvertes des procédés de fabrication du vitrail, et de ses déconvenues successives.

Cela permet d’avoir un regard particulier sur les vitraux de l’église de FRONTENAY, puisque les vitraux, dont le prêtre raconte la fabrication, sont encore en place aujourd’hui.

Monsieur le Préfet

Vous m’avez demandé un rapport sur les études que je fais depuis bientôt trois ans sur la peinture sur verre, et sur les essais qui ont été la suite de ces études. Ce que je fais est bien peu de choses et ne mérite guère cet honneur ; cependant, pour vous obéir, je vais vous raconter mes travaux, mes déceptions et mes espérances.

J’ai déjà eu l’honneur de vous dire comment j’avais été conduit à m’occuper de vitraux. Une personne pieuse de ma paroisse m’avait donné quelque argent pour la décoration du mur qui fait le fond de notre église. Mon intention était d’y placer un crucifiement en haut relief de grandeur naturelle, profitant de l’enfoncement laissé par la baie d’une grande fenêtre qui a été murée. J’avais déjà fait un petit modèle en plâtre du sujet que je voulais exécuter en pierre ; et, à l’exposition de NIORT, ce modèle avait obtenu une mention honorable.

En 1848, il exposa à NIORT des sculptures en plâtre vraiment remarquables et en 1853, exposa également à NIORT, cinq œuvres dans la catégorie sculpture dont une Madeleine au pied de la croix, un vitrail représentant « Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus dans ses bras » et un candélabre.

Fort de cette sorte d’approbation j’avais commencé des études de demi grandeur ; « le Christ et la Madelaine (sic) au pied de la croix » étaient moulés en plâtre ; mais Monseigneur l’Evêque, sans l’autorisation duquel je en voulais rien terminer, après avoir vu mon projet et l’emplacement où je voulais le mettre, n’a pas jugé à propos que je continuasse et m’a engagé à mettre en place un vitrail peint.

Malheureusement la somme que j’avais à ma disposition, et qui était suffisante pour l’achat des pierres et leur mise en place lorsque je les aurais eu travaillées, était loin de suffire pour payer le vitrail. Il a donc fallu faire comme pour la sculpture projetée, consacrer l’argent à l’achat des matières premières et prendre sur moi la main-d’œuvre c’est-à-dire apprendre à faire moi-même le vitrail.

Suit le récit de ses expériences de couleurs :

Je n’avais aucune idée de la peinture sur verre ; seulement je savais qu’elle était fixée au moyen du feu. Partant donc de cette donnée, j’ai peint un morceau de verre avec des couleurs bitumineuses, de l’ocre rouge, du carmin et du bleu guimet. Mes couleurs étaient préparées à l’huile. J’ai mis ce morceau de verre dans le four du boulanger, où il a subi une assez forte chaleur, sans cependant aller jusqu’au rouge. Les couleurs s’y sont fixées assez solidement pour résister à des lavages réitérés, et à une immersion de quinze jours dans l’eau. Le carmin seul s’enlevait, mais en le couvrant d’un glacis de terre de Sienne brûlée, il a acquis la même solidité que les autres couleurs. Quelle serait la durée de cette peinture exposée à l’air ? Je ne le sais pas. Cependant, comme elle peut très bien avoir été fixée par un léger commencement de fusion soit du verre, soit des couleurs elles-mêmes, qui, à l’exception du carmin, étaient des oxydes de fer mêlés à une argile, et je pense, un silicate de cobalt (le bleu) il serait possible qu’elle résistât assez longtemps.

L’approche technique de l’abbé BOINOT fut bonne : les carnations de ses personnages sur les vitraux que nous pouvons encore contempler ne sont que peu altérées, les traits des visages sont parfaitement visibles. C’est une réussite, 150 ans après, alors que le défaut de nombre des vitraux produits par les ateliers du XIX ème siècle concerne précisément les visages et les mains qui, souffrant d’un manque de cuisson, sont très souvent fortement altérés.

Je me voyais presque arrivé du premier coup à la découverte de la peinture sur verre. Mais je n’ai pas tardé à voir combien j’en étais loin. M. SEGRETAIN (sic), l’architecte du département, à qui je m’empressai de montrer ma trouvaille, me tira d’erreur ; et, en m’encourageant à poursuivre, m’indiqua l’ouvrage de LEVIEIL (sic). Je vis alors ce que c’était que la peinture sur verre, et tout ce qui me manquait. On m’avait donné l’adresse d’un marchand de couleurs vitrifiables ; j’en fis venir. Je bâtis un fourneau sur les dessins de M. SEGRETAIN, je fis une poêle d’après les indications de LEVIEIL (sic), avec de l’argile réfractaire que j’avais rapportée du nord du département ; et je fis cuire, dans de la poussière de plâtre, des verres que j’avais peints cette fois avec des couleurs vitrifiables.

Mon feu fut mal conduit ; ma poêle, qui n’était pas assez sèche, éclata. Hélas ! Elle m’avait pourtant coûté bien cher : j’avais employé pour la faire des anges qui devaient me servir de modèles pour un baptistère.

Malgré cette déconvenue, je ne perdis pas courage, j’avais la véritable peinture sur verre. Je remplaçai ma poêle par un vase en terre dont on se sert dans le pays pour faire cuire des viandes dans le four, et je fis d’autres expériences. Tantôt je chauffais trop, tantôt je ne chauffais pas assez. Je fis ainsi trois médaillons qu’on aurait pu à la rigueur utiliser. Et comme le vase qui me servait de moule était trop petit, je fis faire en fonte une poêle sur les indications de LEVIEIL (sic), et je me risquais à entreprendre un petit vitrail. Jusqu’alors, j’avais stratifié mes verres dans de la poussière de plâtre. Cette fois, je les mis sur des tuiles plates et sur des plaques de tôles recouvertes de la même poussière de plâtre. J’eus un accident qui me fit perdre tout mon travail et me força à recommencer. Cette seconde fois, je fus plus heureux et je pus mettre mon vitrail en plomb. Mais, autre déception ! Je n’avais pas calculé l’effet : tout était clair. Comme j’avais attribué à la poussière de plâtre l’accident qui m’était arrivé, je la remplaçai par de la chaux vive.

La suite de son rapport permet de reconstituer l’histoire de deux vitraux en place aujourd’hui encore dans l’église Saint-Pierre :

Enfin, après d’autres expériences dont je profitais, je fis un vitrail pour mon église. Mais, comme je ne me sentais pas assez habile, je choisis une fenêtre tout au bas de l’église, au dessus de la porte d’entrée. Le sujet est un Saint Jean. Il est assis, tenant d’une main sa croix qui porte sur une banderole l’inscription : ECCE AGNUS DEI ; l’autre montre au dessus de sa tête une tête de Christ couronnée d’épines, qui est dans la bordure. La bordure renferme sept autres médaillons qui portent les têtes d’Abraham, Moïse, David et des quatre grands prophètes.

 

Tous, à l’exception d’Abraham, regardent le Christ, montré par Saint Jean. J’ai voulu par là figurer l’union des deux Testaments, ou plutôt la transition de la loi mosaïque à la loi de Jésus-Christ, et j’ai mis au bas ces paroles : LEX ET PROPHETOE (sic), USQUE AD JOANNEM.

Il s’agit là d’un des rares vitraux typologiques trouvés au cours de notre recensement des vitraux dans le département des Deux Sèvres. La verrière typologique est une verrière figurée composée de figures du Nouveau Testament, Abraham, Moise… Cette baie est située au dessus du portail occidental.

L’effet général du vitrail est passable, les chairs cependant sont mal réussies. Mais il y a des verres qui ont perdu par le feu leur transparence, et qui sont d’un effet rigoureux. Jusque là, j’avais peint à l’eau gommée, et mes figures n’étaient peintes qu’avec du brun rouge foncé dans les ombres. Un voyage que j’ai fait à TOURS, et j’ai vu pour la première fois peindre des vitraux, m’a fait changer de méthode, et pour peindre et pour cuire.

L’ouvrage de BRANGNIART (sic) sur les arts céramiques m’a donné l’envie de préparer moi-même mes couleurs ; je me suis mis à étudier la chimie, dont je n’avais aucune notion. J’ai composé une teinte neutre fort avantageuse pour les ombres, même pour les chairs ; et fortement convaincu qu’on doit arriver à peindre sur le verre comme sur la porcelaine ou même sur la toile, je cherche à me faire une palette de chairs.

J’ai peint pour mon église un second vitrail dans une fenêtre séparée en deux par un meneau, et dont l’amortissement renferme un cœur, j’ai mis en haut un buste de Sainte Macrine, sainte vénérée dans nos contrées, et dans les deux jours de la fenêtre deux évêques, nos patrons (Saint Gaudent et Saint Hilaire), revêtus d’ornement du XIVème siècle. J’ai mieux réussi, et le vitrail fait assez d’effet ; j’ai commencé à modeler mes têtes par des teintes différentes et des ombres.

Il s’agit de la verrière 5 (voir plan précédent de l’église), sur la face nord de l’église. Le Père BOINOT raconte ensuite une autre expérience de peinture sur verre pour une chapelle de NIORT :

J’ai peint un troisième vitrail pour la chapelle des missionnaires de NIORT, qui m’avaient prêché le jubilé dans ma paroisse. C’est une Sainte Vierge tenant ses bras l’Enfant-Jésus, d’après une récente gravure allemande. Les chairs ont été étudiées et peintes en réservant des clairs comme dans l’aquarelle. Le pied et la main de la Vierge ont conservé le ton qu’ils avaient avant d’aller au feu, mais le reste des chairs que j’ai mis au four pour corriger quelque chose, sont sortis de cette seconde épreuve beaucoup trop bruns, ou plutôt sont détériorés ; et je serai obligé de les changer, car le temps qui me pressait m’a forcé de les placer provisoirement. Les missionnaires ont fourni les vers (sic) et le plomb.

Puis il revient à son expérience dans son église de FRONTENAY :

Enfin, je viens de poser dans mon église un autre vitrail. C’est un Saint Pierre pénitent (baie n°3). Il sort de la cour où il a renié son maître, et on aperçoit par la porte les domestiques et la servante du grand-prêtre, qui se chauffent à un brasier. Mes chairs, que j’avais peintes très vigoureuses, ont un peu perdu.

Voilà, Monsieur le Préfet, où j’en suis. J’ai donc trois vitraux peints dans mon église, et je ne suis pas encore arrivé à celui que je devais faire. Je ne l’entreprendrai que le dernier, afin qu’il soit moins mal que les autres ; aussi bien sera-t-il le plus important. Il offre un développement de près de trente mètres. Mais, hélas ! L’argent de la pieuse paroissienne est dépensé. Et il y a encore quatre autres fenêtres qui attendent aussi des vitraux, et dont la surface va à bien près de quarante mètres ; et c’est tout au plus si j’ai des vers (sic) pour une !

Vous voyez, Monsieur le Préfet, que mon rapport pourrait bien tourner en pétition. Je suis seul pour tous ces travaux, que j’espère bien terminer ; obligé de faire mes dessins, de tailler le verre, de le peindre, de le cuire, de mettre en plomb, et enfin de poser moi-même le vitrail. Seul avec une paroisse de deux mille quatre cents âmes, qui réclame mes premiers soins. Je n’ose vous dire avec cela que je termine maintenant un candélabre en chêne de deux mètres de haut, pour soutenir le cierge Pascal. Je le copie d’après un superbe modèle que j’ai trouvé dans les environs. Voilà quatre ans que j’y travaille. Vous voyez que je prends mon temps. Il le faut bien. Mais, avec de la patience, j’arriverai. Le temps vient tout seul.

Une seule chose, Monsieur le Préfet, ne vient pas de même, c’est l’argent qui m’est nécessaire pour acheter les matériaux dont j’ai besoin pour travailler.

Je dois vous dire, pour terminer ce rapport déjà beaucoup trop long, qu’au lieu de peindre mes verres par pièces isolées, comme j’avais fait d’abord, j’ai trouvé moyen de les fixer sur un châssis avec une matière qui remplace le plomb, et qui me permet de voir tout mon ensemble et de juger de l’effet avant de faire cuire.

Veuillez excuser, Monsieur le Préfet, la longueur de ce rapport, que je n’aurais jamais eu la pensée de vous y faire si vous ne me l’aviez vous-même demandé, et recevoir l’hommage de ma reconnaissance pour le bienveillant intérêt que vous voulez bien me montrer, et l’assurance du profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur,

BOINOT, Doyen de FRONTENAY

FRONTENAY, le 8 avril 1853

 

Le Père BOINOT n’a pu, semble t-il, mener à terme son projet de doter d’un vitrail toutes les baies de son église. En effet, le 8 octobre 1868, le Président de la fabrique de FRONTENAY-ROHAN-ROHAN écrivit au Ministre des Cultes :

Quant au reste de l’église, on peut dire qu’il était jusqu’à l’année dernière à l’intérieur dans un état complet d’indécence et d’insalubrité… Tous les vitraux d’une des nefs ont été dans leur plus grande partie murés autrefois, par économie, ce qui prive l’église de lumière et de clarté.

M. BONTEMPS, architecte départemental, établit le 13 octobre 1868, un devis pour « l’ouverture de deux vitraux murés » :

Surface des parties vitrées (33 mètres à 14 francs) : 462,50 francs

35 kilogrammes de bandes de fer pour ces vitraux, à 0,90 francs : 31,50 francs

Châssis maillés extérieurs avec cadres en fer pour ces vitraux, ensemble 33 mètres à 4 francs : 132,00 francs

Les prix calculés au « mètre superficiel » traduisent l’industrialisation du vitrail qui contribuera petit à petit, à la fin du siècle, à un appauvrissement de l’iconographie.

Outre les créations de l’abbé BOINOT, qu’il signa « CAB 1853 », deux ateliers de verriers, au moins, intervinrent dans l’église de FRONTENAY après 1860 : les frères GUERITAULT, de POITIERS, et Monsieur CHARLEMAGNE de TOULOUSE.

Est signée GUERITAULT la verrière 4 (voir plan), posée en 1861. Cette large baie à double lancette présente deux grands personnages en pied à la façon du XIXème siècle : le Christ Sauveur ego sum via veritas et vita, et Marie mater Christi.

A côté, dans la verrière 6 (voir plan), on se trouve devant un grand vitrail marial signé CHARLEMAGNE, TOULOUSE, 1872, qui présente Marie portant l’Enfant-Jésus. Le socle est composé de deux scènes : le Sacré-Cœur de Marie et la Nativité.

La baie 2 (selon le plan présenté), non signée, met en scène l’éducation de Marie enfant par ANNE sa mère.

Le culte marial est donc très abondamment représenté dans cet édifice, à l’image de ce qui se passe alors en France où la dévotion à Marie, la grande consolatrice de la France au XIXème siècle, connaît un essor considérable.

La rose du chœur et la baie 7 du plan, non signées, sont ornementales, composées d’éléments géométriques et végétaux. Enfin, il reste, sur la façade nord dans le chœur, une petite baie double dont les deux lancettes sont dotées de verrières ornementales surmontées de Saint Joseph dans l’oculus.

Dans ce même esprit, l’Abbé BOINOT réalisa en 1854, deux vitraux encore visibles aujourd’hui dans l’église Sainte Pezenne à NIORT : l’un représente Sainte Pezenne, vénérée localement, et l’autre Saint Jacques le Majeur. Tous deux portent la même signature : « CAB curé de ROHAN-ROHAN ».

Né en 1807, il mourut en 1892 à LA PUYE (Vienne), à l’âge de 85 ans, maison mère de la Congrégation des FILLES DE LA CROIX dont l’une des communautés existait à FRONTENAY.

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