L'industrie du drap

L’industrie du drap à FRONTENAY ROHAN ROHAN

 

Les moulins à draps

Lors de l’établissement des maîtres sergiers à NIORT, à une époque qui nous est inconnue, les moulins à drap, sis près le port, voire même peut être ailleurs, dans la traversée de la ville, étaient déjà insuffisants ; il fallut assigner aux maîtres, pour le foulage et le dégraissement de leurs étoffes, d’autres moulins de la sèvre : Bégrolle, Anne, Comporté etc…

Ce qu’on peut dire, c’est que le premier registre de la corporation des maîtres de sergerie, draperie et droguetterie de NIORT qui nous ait été conservé (1670-73), fut ouvert le 1° juin 1670. L’établissement des maîtres sergiers est antérieur, car la confrérie des sergetiers et peigneurs de NIORT fut autorisée à élire une chapelle à Saint André, dans l’église paroissiale, dès le 12 janvier 1642. A cette époque, l’industrie textile était extrêmement florissante. A côté des importantes manufactures de NIORT, PARTHENAY, SAINT MAIXENT, LA MOTHE SAINT HERAY etc… il existait un peu partout dans nos campagnes, des petites fabriques aujourd’hui disparues,, au nombre desquelles on trouve celle de FRONTENAY ROHAN ROHAN, dont aucun chercheur n’a encore fait état. Ce moulin à drap était situé sur la Courance, au lieu dit Faugery.

 

Le moulin à drap de FRONTENAY

Il est bien difficile de donner des précisions sur la date d’implantation, l’importance et les activités du moulin à drap de FRONTENAY, situé au lieu dit Faugery.

  Au premier abord, on pourrait paraître surpris en constatant que tous les moulins à blé situés dans la vallée de la Courance sont  mus par l’eau de cette rivière par l’intermédiaire de dérivations ou biefs, alors que, seule, la roue du moulin à drap, située à l’extérieur de l’établissement, se trouvait directement dans le lit de la rivière mère. Le choix de cet emplacement n’est sans doute pas dû au hasard. Il est à remarquer qu’il se dressait à quelques mètres seulement de l’ancien gué, remplacé aujourd’hui par un pont, qui permettait aux populations des paroisses voisines d’y accéder dans les meilleures conditions. D’autre part, son fonctionnement nécessitait une eau propre, claire et courante, non brassée par les roues des autres moulins à blé situés à proximité et construits bien antérieurement, ce qui était primordial pour obtenir une marchandise de qualité.

Si l’on tient compte des registres de l’état civil de la paroisse, sur lesquels on peut relever la profession de certains habitants, il semblerait bien que la vie la plus active de cette petite industrie se situe au cours du XVII ème siècle. A cette époque, nous trouvons des cardeurs (*) comme Henri BOISSEAU, Pierre LAMOUREUX, Jacques GIRARD, Noël ROUSSEAU, Joseph GIRARD, des « tissiers en toile » : Pierre PIGEONNIER, Jean GABORIT, Pierre BRISSEAU, Jean BRAU, Jean MICHAUD, des tisserands dont les noms ne sont pas très lisibles, mais parmi lesquels on découvre néanmoins Jean DELEZAY et Pierre FETIF. Antoine TEXIER figure en qualité de droguetier (**), Jean SABOURIN, Pierre MORIN, Nicolas BEAU, François PELLETIER, François PELLERIN, Maurice CABRET, Jean CHAUDRON, Jacques TEXIER, Jean RAVANT, sont qualifiés de « sargetiers ». Ce qui tendrait à prouver que la serge (***) était le principal tissu fabriqué à FRONTENAY. Georges VIAU, quant à lui, était blanchisseur et René CHAUDRON « blanconnier ». Jean DE RONY exerçait le métier de « chiffetier ». Le chiffetier était un marchand de chiffes, et les chiffes sont de vieux morceaux d’étoffe, de toile de lin ou de chanvre qui servent à la fabrication des papiers en les pilonnant dans des moulins affectés à cet effet.

Au XVIII ème siècle, le tissage occupait encore un certain nombre de personnes. C’est ainsi qu’avant la Révolution, Pierre IZAMBERT, Louis MORIN, Etienne BRUNET, Jacques LEVESQUE, François IZAMBERT, Pierre ROCHER exerçaient encore la profession de tisserand. Charles ROUSSEAU est filtoupier. Le filtoupier est celui qui carde, peigne et met les étoupes en état d’être filées. Un nouveau blanconnier apparaît en la personne de Laurent SENNE. Enfin, Antoine PACAUD est honoré du titre de « cardier » qu’il ne faut pas confondre avec celui de cardeur, le cardier étant l’ouvrier qui vend et fabrique les cardes destinées, comme nous l’avons vu plus haut, à démêler et carder la laine. Quelques tisserands Frontenaysiens fabriquèrent de la toile jusqu’au milieu du XIX ème siècle.

A quelle date le moulin de Faugery cessa t’il de fonctionner ?

Lors du morcellement de l’ancienne seigneurie, en 1862, furent vendus aux enchères par M° DEMAY, notaire à NIORT, le 16 juin, à François THEBAULT, domestique domicilié à PRAHECQ, moyennant la somme de 1 600 francs, « les bâtiments de l’ancien moulin à drap, aujourd’hui en borderie, exploités par BREILLAT, ayant une chambre basse, un cellier à côté avec grenier au dessus, une écurie y attenant, un petit jardin au couchant, plus un petit pré planté en peupliers, le tout tenant et contenant ensemble environ 23 ares 80, tenant du levant au chemin de VALLANS à FRONTENAY, du midi au cours d’eau appelé la Mère ».

Le terme d’ancien moulin est assez vague et imprécis. Peut être cessa-t-il toute fabrication au moment de la Révolution. En tout cas, il semble qu’il était désaffecté sous le premier Empire. Sans quoi, le Préfet DUPIN n’aurait certainement pas manqué d’en faire mention dans son dictionnaire géographique industriel de l’An XI, dans sa notice consacrée à FRONTENAY où il se contente de signaler que « les halles y sont en bon état, qu’on y fabrique de la toile et qu’on y commerce sur les bestiaux et les laines ».

Cette petite industrie locale qui a, pendant de longues années, procuré les étoffes nécessaires à l’habillement de la population rurale de la région, n’est plus aujourd’hui qu’à l’état de souvenir.

La roue, située dans la Courance, a disparu et depuis longtemps déjà, l’on n’entend plus dans la vallée, le bruit familier et continu du foulon répondant d’une voix sourde au joyeux tic-tac produit par le babillard du moulin à blé, son voisin.

 

 (*) Le cardage fait partie du processus de la préparation de la laine. La laine est d’abord traitée dans des bains qui la dépouillent de la majeure partie du suint avant d’être livrée au cardeur. Le cardage est l’action qui consiste à préparer la laine en la faisant passer entre les pointes de fer de deux instruments qu’on nomme cardes. La carde doit démêler le poil, diviser la masse hétérogène des fibres en mèches, éliminer les impuretés et disposer ces fibres en un voile d’épaisseur régulière.

(**) Le droguet, laine et fil, avait comme couleurs habituelles, bleues et noires, formaient des rayures. Il était utilisé à la confection des jupes et des tabliers.

(***) Les serges s’employaient à faire des gilets et des pantalons aux hommes et des jupes aux femmes.

 

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