L'origine du nom

FRONTENAY ROHAN-ROHAN !!! …

Quel nom ! …Il étonne et intrigue tous ceux qui l’entendent prononcer.

On se demande, en effet, pourquoi ROHAN-ROHAN est ainsi répété après FRONTENAY, et l’idée vient naturellement à l’esprit que la bizarre composition de ce nom doit être l’indice de toute une histoire.

Que ce nom soit regardé comme extraordinaire, baroque même, on en trouve la preuve dans un monologue comique, où DORIN l’utilise pour donner plus de relief et de mordant à sa verve gouailleuse : « Le vrai parisien, dit-il, le Parisien conscient et organisé, peut avoir vu le jour à BARCELONNETTE, à QUIMPER-CORENTIN ou à FRONTENAY-ROHAN-ROHAN, deux sèvres, mais jamais à PARIS, jamais ».

Ce ne sont pas évidemment les trente et quelques Frontenaysiens établis à PARIS, qui ont captivé l’attention de l’humoriste chansonnier, mais c’est le nom étrange de notre localité qui l’a frappé.

Ce monologue n’a pas été seulement imprimé, mais il a été enregistré pour le phonographe, et qui mieux est : « le Parisien » a été diffusé par Radio-Paris à tous les coins du monde, notamment, le dimanche 23 novembre 1930. C’est ainsi que FRONTENAY-ROHAN-ROHAN a eu, pour la première fois, les honneurs de la TSF.

L’étranger, après avoir examiné le beau clocher du XII ème siècle et les chapiteaux qui restent de l’église du XV ème siècle, dévoûtée et ruinée par le protestantisme, peut essayer de saisir les harmonieuses vibrations de la plus belle des cloches historiques du département. Il fera bien également de jeter un coup d’œil au Bief-Chabot et d’aller voir la porte située à l’est du cimetière.

En dehors de cela, les visiteurs ne trouveront chez nous  rien de bien intéressant et il est à craindre que, désappointés, ils n’éprouvent un sentiment semblable à celui de Monsieur ARDOUIN-DUMAZET qui, dans son « voyage en France », signale FRONTENAY-ROHAN-ROHAN comme une « bourgade fort tranquille et simple, malgré son nom sonore ».

Ce qui rend ce nom sonore, tout le monde en convient, c’est la répétition ROHAN-ROHAN. Passe encore, si après FRONTENAY, on ne nommait ROHAN qu’une fois, comme le font certains indicateurs des Chemins de Fer ; mais pourquoi ROHAN-ROHAN.

L’auteur du livre « FRONTENAY ROHAN-ROHAN, premiers jalons d’histoire locale », édité en 1940, Emile BOURDEAU a questionné bien des gens pour savoir quand et comment ROHAN-ROHAN et FRONTENAY s’étaient réunis pour former le nom complique d’aujourd’hui, mais leurs réponses ne l’ont guère satisfait.

L’auteur, par exemple, attendait de Monsieur Pierre de SAINT MARC (juge de paix, décédé à FRONTENAY le 26 mars 1916), l’éclaircissement désiré. Quelle n’a pas été sa surprise de l’entendre lui dire en 1907 : «  A quel moment exact FRONTENAY et ROHAN – ROHAN se sont-ils rapprochés, agglutinés et collés ? Je ne saurais vous dire. Je n’ai rien de précis ».

Il fit appel aux souvenirs de Monsieur Prosper GIRAUD de la MONTAGNE (médecin, décédé à FRONTENAY à l’âge de 88 ans, le 31 janvier 1913), mais le vieux docteur, tout aussi décevant que le juge, me renvoya au plus noir de la nuit des temps et termina brusquement l’entretien, par cette boutade espiègle de notre terroir : « Ca ! C’est vieux comme Hérode ! ».

Puisque personne ne pouvait mettre au courant de ce que l’auteur désirait savoir, celui-ci a donc continué ses recherches et a fini par trouver la solution souhaitée, aussi précise que complète, concernant le nom de cette localité.

 Ce nom a subi de notables modifications dans la suite des siècles ainsi de nos jours. Il disparut même complètement au XVIII ème siècle et, pendant 80 ans, on lui substitua celui de ROHAN – ROHAN.

Dès le XIII ème siècle, dans le langage courant, on devait déjà prononcer le nom de « FRONTENAY » de la même façon qu’aujourd’hui et les chartes officielles, rédigées alors en latin, ajoutaient tout simplement la terminaison « um ». C’est ce qui explique les noms de FRONTENAIUM et FRONTENETUM qui se retrouvent toujours à cette époque. En 1242, après que SAINT LOUIS eut pris assaut la redoutable forteresse construite par les comtes de LUSIGNAN, la double muraille d’enceinte fut détruite et jetée dans les douves, dès lors FRONTENAY L’ABATTU fut le nom donné à notre localité qui avait résisté pendant quinze jours à tous les efforts de l’armée royale.

Pendant près de cinq siècles, ce nom humiliant figure dans tous les documents administratifs. Mais au mois d’Octobre 1714, le roi de France voulant récompenser les bons services des seigneurs de FRONTENAY, érigea « en duché pairie en faveur de Hercule DE ROHAN ». Le nom de FRONTENAY était donc supprimé et remplacé par celui de ROHAN-ROHAN, il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. Le 1° avril 1792, le nom de FRONTENAY réapparut dans le procès-verbal de prestation du serment civique du prêtre Jean-Baptiste TEXIER.

Mais à la révolution, ce dernier nom mit en grand émoi, les gens de la nouvelle administration jacobine, qui croyait faire œuvre de salut public, en s’appliquant à mutiler les noms de lieux. C’est ainsi, par exemple, qu’elle transforma en FORIEN, le nom de SAINT-SYMPHORIEN, « arrachant les deux saints de cette paroisse », comme dit une chronique de l’époque ; tant il est vrai que sectarisme et sottise vont toujours de pair.

Monsieur BOUHET de la RICHARDIERE, alors curé de ROHAN-ROHAN, venait d’être nommé maire. Comme beaucoup de ses confrères, il avait adopté d’enthousiasme les idées avancées de l’époque, s’imaginant que la révolution était sincère et n’avait qu’un but : améliorer la situation sociale du menu peuple des campagnes.

Bien vite désabusé, il regretta, mais trop tard, de s’être ainsi fourvoyé et se retira ; les fréquentations qu’il avait eues, comme maire, avec les nouveaux administrateurs départementaux, lui faisaient craindre les criminels abus qui allaient être commis.

En ce qui concerne le nom de ROHAN – ROHAN, pour éviter une stupidité dans le genre de FORIEN, il suggéra l’idée de reprendre le vieux nom de FRONTENAY. Sa proposition, jugée convenable, fut aussitôt adoptée.

En fait, ROHAN – ROHAN fut remplacé par FRONTENAY sur toutes les pièces administratives, mais, chose étrange, aucune décision officielle ne fût prise pour abolir le premier nom et restaurer le second, tandis que le peuple gardait ses préférences pour ROHAN – ROHAN.

Le résultat fut pitoyable. Notre commune n’avait plus de nom stable et bien défini, étant désignée, tour à tour, par FRONTENAY, ROHAN – ROHAN et FRONTENAY-L’ABATTU. Il en fût ainsi pendant plus d’un siècle, malgré les réclamations du Conseil Municipal, et celles des administrations des Postes et des Chemins de Fer, pour lesquelles cet inextricable embrouillamini causait de continuelles confusions, dans l’acheminement des lettres et des colis.

Cette cacophonie durait encore, le 16 avril 1896. c’est alors que, sur les instances de l’administration des Postes, six membres du Conseil Municipal, y compris le Maire, Monsieur Pierre Alexandre CAROIT (Notaire, ancien maire, décédé à l’âge de 47 ans, d’un accident de voiture, le 12 juillet 1897), demandèrent, pour la dernière fois, à l’autorité supérieure, de bien vouloir donner à FRONTENAY, le nom de FRONTENAY – ROHAN – ROHAN.

L’auteur avait relevé, à la Mairie, ce vœu de 1896, mais, après cette date, ne trouvait plus, dans le registre des délibérations municipales, aucune trace de décret donnant officiellement à cette commune, ce nom de FRONTENAY – ROHAN – ROHAN, alors que, dans tous les bureaux civils, religieux et militaires, on l’avait adopté d’emblée en 1897. Que s’était-il donc passé ?

Dans les Archives de l’évêché, se trouve une lettre du 12 mai 1897, adressée par le Préfet des Deux-Sèvres à l’Evêque de POITIERS :

« J’ai l’honneur de vous informer qu’un décret, en date du 15 mars dernier, a décidé que la commune de FRONTENAY sera désignée à l’avenir sous le nom de FRONTENAY ROHAN – ROHAN »

Le journal officiel du 20 mars 1897 indiqua le décret suivant :

«  Par décrets en date du 15 mars 1897, rendus sur la proposition du Ministre de l’Intérieur : Le nom de FRONTENAY – ROHAN – ROHAN est attribué à la commune de FRONTENAY (canton dudit, arrondissement de NIORT, département des Deux Sèvres).

La mairie n’a conservé aucune trace de ce décret. A cela rien d’étonnant, car il n’y a probablement pas eu de notification spéciale, en dehors de la décision publiée par le Journal Officiel.

Ce qui paraît plus extraordinaire, c’est l’oubli complet de cet évènement important. N’est-il pas surprenant, en effet, que de tous les habitants de la commune, en 1897, il ne s’en trouve pas un qui ait gardé le souvenir, sinon de la date, du moins de la teneur du décret présidentiel ? Nous avons encore au milieu de nous bien des hommes qui vivaient à FRONTENAY, il y a 37 ans (livre écrit en 1934 et édité en 1940); doués d’une excellente mémoire, ils racontent, à qui mieux-mieux, les moindres détails des querelles passionnées qui troublaient alors la localité, comment se fait-il que l’adoption définitive du nom de FRONTENAY – ROHAN – ROHAN ait été, pour eux tous, comme une lettre morte, comme un fait absolument inconnu ? On serait tenté de croire que cette décision n’a pas été publiée et que personne n’en a rien su.

En résumé, la commune a été nommée FRONTENAY – ROHAN – ROHAN, le 15 mars 1897, par Monsieur Félix FAURE, Président de la République, sur la proposition de Monsieur Louis BARTHOU, Ministre de l’Intérieur, et à la demande de Monsieur CAROIT, qui était maire, le 16 avril 1896.

Voici les diverses appellations de la localité, établies par les évènements ayant jallonnés le cours de son histoire :

FRONTANIACUS

FRONTENAY L’ABATTU

ROHAN - ROHAN

FRONTENAY ROHAN - ROHAN

 


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