La foudre de mars 1934

La foudre met à mal le clocher

Le samedi 17 mars 1934, vers 17 h 15, après une journée de tempête et d’abondantes chutes d’eau, le ciel devint d’un jaune livide, signe précurseur de la grêle. De fait, pendant un quart d’heure, les grêlons tombèrent en telle quantité qu’il y en eut bientôt partout une épaisseur de quatre centimètres.

A 17 h 35, une détonation formidable, comparable à l’explosion d’un engin de très gros calibre, jeta l’épouvante tout autour de l’église, en même temps que les vitres volaient en éclats, que des débris de bois et d’ardoises s’abattaient sur le sol, avec de grosses étincelles de feu rouge intense.

Le beau clocher du XII ème siècle, atteint par la foudre, avait subi de très graves dommages. La toiture disloquée était en partie en partie dépouillée de ses ardoises, l’entablement de la corniche sud avait été en partie arraché, ainsi que les colonnes qui ornaient si harmonieusement le meneau de la façade du sud. De très grosses pierres avaient été jetées à terre, ou lancées sur la toiture de la chambre de l’horloge, qui fut entièrement défoncée ; l’une d’elles, franchissant la rue qui sépare l’église du café de monsieur POPLINEAU, est venue tomber sur la charpente de cet édifice et l’a traversée.

Le vieux clocher, classé en 1903 comme monument historique, avait été consolidé très fortement en 1888 par monsieur Anatole JUIN sous les ordres de monsieur l’architecte LASSERON, alors maréchal, par une puissante armature composée de tirants en fer qui le protégèrent dans le choc formidable qu’il venait de supporter.

Dès la nouvelle de cet accident, monsieur LABORI, architecte des Monuments Historiques, accourut, accompagné de l’entrepreneur, monsieur MIGAULT et aussitôt deux ouvriers furent envoyés de NIORT pour procéder aux travaux d’extrême urgence que nécessitait l’état précaire du clocher et pour empêcher le mal de s’aggraver.

A ces détails, il convient d’ajouter que l’église fut visiblement épargnée puisque rien à l’intérieur ne fut détérioré et que les offices purent s’y célébrer en toute sécurité. Les vitraux ne souffrirent pas alors que toutes les maisons voisines eurent leurs verres voler en éclats : il y en eut 48 brisés chez monsieur JUIN ; 22 au presbytère ; 19 chez monsieur POPLINEAU ; 17 à l’asile des vieillards …

La décharge électrique fut d’une violence inouïe, traversant par le milieu un meneau d’un mètre d’épaisseur. Puis elle se divisa pour démolir le contrefort sud-est de l’église pour rejoindre l’asile des vieillards, où une religieuse fut jetée à terre près d’un buis qui fut brûlé ; tout près, la véranda de la cuisine fut disloquée, un grillage fut défoncé et le feu fut mis dans des branches au milieu de la cour.

Le sommet de la Croix du clocher, emporté dans une rafale qui couvrit d’ardoises, une ligne droite nord-ouest et sud-est, large de 10 mètres, et longue de 60, tomba dans la cour du presbytère. Une feuille de plomb de plus d’un kilo fut projetée de la pointe du clocher sur la maison de madame RAISON.

De nombreux habitants virent apparaître près d’eux ou dans leur maison un globe lumineux qui disparut comme un éclair.

Dans les jours qui suivirent, pendant les cinq jours, monsieur GELOT vint monter avec une rapidité prodigieuse des échafaudages jusqu’à la toiture, pour mettre à l’abri la charpente et le plancher du clocher, ainsi que le bâti de la cloche et tout le mécanisme de l’horloge.

Puis dans les mois qui suivirent, rien ne bougea. Le vent s’engouffrait sous la toiture du clocher et décrochait de nouvelles ardoises qui tombaient et s’écrasaient dans la rue.  Cette chute intempestive d’ardoises était très dangereuse, non seulement pour les passants, mais pour les habitants voisins de l’église. Au grand dam de Monsieur le Curé,  la voûte du narthex n’étant plus préservée des intempéries, elle fut détrempée par les infiltrations des eaux de pluies à travers tous les joints, engendrant de bien plus graves conséquences. Si l’on voulait tinter, il fallait nécessairement monter les 73 marches allant au le clocher, et le sacristain ne pouvait faire cette ascension que le dimanche. Quant à l’horloge, la toiture de la chambre où elle était établie était défoncée et le mécanisme complètement à découvert.

Cette cloche de 1534 appelée « Gros Jean » (voir partie historique du site), la seule dans l’église de FRONTENAY, pesait environ 1 500 kilos. Le balancement d’une aussi lourde masse, assez mal suspendue, ne se faisait pas sans produire un ébranlement contre lequel on avait précédemment essayé de remédier par tout un système de tirants qui déparaient la beauté de l’édifice. Il fallait donc attendre l’avis de l’architecte des Monuments historiques avant de permettre de tirer la corde de la cloche mais, avec le choc de la foudre, si formidable, le clocher ne pouvait plus supporter le va et vient de la cloche. L’abbé Emile BOURDEAU se vit refuser ainsi par les Monuments Historiques de remplacer la grosse cloche par une petite cloche de 30 kg déjà existante à l’église de FRONTENAY,  pouvant être actionnée du bas de l’église sans conséquence sur la fragilité du clocher.

Les mois passèrent donc sans réparations, l’échafaudage avait comme point d’appui la voûte en pierre du narthex.  S’il eut été aussitôt utilisé pour les réparations, il avait sa raison d’être, mais la réfection n’étant pas encore commencée, cet échafaudage devenait nuisible à l’édifice. On s’était mis ainsi dans l’impossibilité de recouvrir cette voûte, ainsi que la chambre de l’horloge dont la toiture était totalement défoncée. Il pleuvait en abondance à l’intérieur du porche de l’église.

Fin décembre 1934, après avoir exposé le problème et envoyé un exemplaire de son « PETIT FRONTENAYSIEN » aux Monuments Historique, Monsieur le Curé, Emile BOURDEAU eut enfin la réponse à cette situation bloquée par une lettre émanant de Gabriel BRUN, l’architecte en chef des Monuments Historiques. En effet, pour tous les édifices classés, aussi bien pour FRONTENAY-ROHAN-ROHAN que pour les autres, l’Administration des Monuments Historiques participait dans le strict entretien et dans les gros travaux au minimum pour 50 pour cent. Dans le cas présent, Les Monuments Historiques firent recouvrir le clocher de votre église d’une façon provisoire et prirent des mesures en vue d’empêcher un accident toujours possible sans participation de la commune.

Si les travaux ne furent pas exécutés immédiatement pour une réparation complète, c’est que la commune et la paroisse ne prirent en temps voulu l’engagement de participer pour 50 pour cent de la dépense. Dans ces conditions, la commune s’étant engagée seulement pour apporter un fonds de concours de 10 000 francs, les Monuments Historiques furent obligés de revoir le devis et de rectifier, de façon à ne faire qu’une dépense de 20 000 francs environ.

 Le premier devis des travaux fut, en fait, approuvé le 27 juin. Il s’éleva à la somme de 31 678,45 francs ; la part de la commune était alors estimée à 20 000 francs ; dans ces conditions, la commune devait supporter 63 pour cent des dépenses. Ce devis, rectifié sur la demande du Conseil Municipal, fut accepté par lui en séance du 23 décembre 1934. Il fut alors de 20 598,54 francs avec 10 000 francs à la charge de la commune. Rien, ainsi, l’accord effectué, on était en mesure d’espérer que les travaux ne tarderaient pas trop désormais.

 Mais en Juin 1935, « LE PETIT FRONTENAYSIEN » nous apprend que rien ne fut fait et que la cloche était dans un état de plus en plus lamentable. Du papier provisoire, que clouèrent les architectes des Monuments Historiques, il ne restait plus une bribe. A chaque coup de vent, de nouvelles ardoises tombaient dans la rue. L’eau se déversait à travers la toiture du narthex. Les offices n’étaient plus sonnés. Et puis le plancher, sur lequel reposait le bâti de la cloche, était exposé à toutes les intempéries ; constamment arrosé par la pluie, puisqu’il n’était plus préservé, il commençait à s’effriter.

En janvier 1936, les travaux furent enfin mis en œuvre. Il fallut refaire une grande partie de la façade du sud dont la colonnade était toute disloquée et le mur tout lézardé, l’entablement avait été, en partie, jeté à terre, ainsi que deux des têtes consoles, devenues inutilisables. Du jour où la restauration de ces parties fut commencée, Messieurs AUBRIT, de SAINT FLORENT, et BERGONNEAU, de BENET, vinrent régulièrement à leur chantier, malgré les intempéries, vent, pluie et froid, qui les gênaient considérablement sur leur échafaudage. Ils débarrassèrent le clocher des disgracieux tirants, qui barraient ses huit fenêtres depuis plus de 60 ans. Ils firent aussi disparaître les huit quarts de cercles boulonnés à l’extérieur. Les longues barres de fer furent avantageusement remplacées à l’intérieur par deux ceintures en béton armé. La sonnerie de l’horloge se fit entendre le matin du 7 janvier 1936.

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