La laiterie coopérative de FRONTENAY

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Le phylloxéra, dans les années 1878 – 1888, laissa FRONTENAY et ses nombreuses vignes dans la détresse. Les vignerons réagirent en différenciant leurs productions. Pour beaucoup, ce fut l’élevage de vaches laitières qui vint en remplacement de la première activité viticole. Avec la mise sur le marché de l’écrémeuse – centrifugeuse, inventée en 1879, naquit l’idée de coopérative laitière.

En 1890, créée par M. CAROIT, Maire, La première laiterie fut créée et bâtie en 1890, par l’action de M. CAROIT, Maire de la commune, dans le lieu-dit de la Fontaine de la Mariée, à 1 kilomètre de la Gare.

En 1896, un conflit éclata entre M. GANDOUET, Conseiller d’arrondissement et M. CAROIT, Maire et Président de la laiterie. M. GANDOUET constitua une liste, battit M. CAROIT aux élections municipales et devint Maire de FRONTENAY. En 1897, en concurrence avec la première, il créa une seconde laiterie à FRONTENAY, l’Union Fraternelle. En 1906, après neuf ans de fonctionnement autonome, cette dernière fusionna avec la première laiterie qui récupéra l’ensemble du matériel. La nouvelle laiterie fut ainsi créée.

L’atelier de fabrication et la porcherie datent de cette époque. Le bâtiment comprenait une salle pour la machine, une autre pour les écrémeuses et la baratte, une salle de manipulation du beurre, un vestibule et un bureau pour le comptable ; un grenier, comprenant une chambre, surmonte l’ensemble. L’équipement se composait de trois écrémeuses, d’une baratte danoise et d’un malaxeur ordinaire actionnés par une machine à vapeur.

Le beurre était expédié à PARIS. Au début des années 1910, un diplôme de médaille d’argent couronna le travail de la laiterie Coopérative de FRONTENAY à l’exposition industrielle internationale de TOULOUSE.

En 1944, M. Adrien DEFAYE, formé à l’école d’industrie laitière de SURGERES en 1931, fut nommé à la tête de la laiterie en 1944. C’est là que débuta la fabrication de fromage frais expédié, comme le beurre à PARIS, et celle de lait pasteurisé. L’atelier est agrandi par un appentis dans les années 1950. Le lait était expédié à NIORT en bidon de 20 ou 40 litres puis ce fut l’apparition du conditionnement des berlingots en plastique. Les laitiers partaient à 3 heures du matin de la laiterie pour effectuer le ramassage du lait dans des bidons de 100 à 120 litres. A partir de 1952, le lait de consommation était conditionné en bouteilles de verre, puis en 1963, dans les poches en matière plastique. En 1954, onze personnes y travaillaient. Un logement pour le directeur fut construit dans les années 1960.

Vue extérieure de la laiterie avec la camionette RENAULT se chargeant de la collecte du lait

Le comptable contrôleur dans la salle des écrémeuses centrifuges

 

Tout changea avec l’apparition des premiers tanks réfrigérés. Le paiement aux agriculteurs se faisait au litre jusqu’en 1920, ensuite au poids de matière grasse pour éviter les ajouts d’eau. La caséine de l’excédent partait de l’Union des caséineries de SURGERES, qui s’occupait de sa transformation, caséine alimentaire ou bakélite. A partir de 1966 débuta la stérilisation du lait. La laiterie ferma en 1973 et ses sociétaires rejoignirent celle d’ECHIRE. Les bâtiments furent transformés en maison, la cheminée fut démolie dans les années 1990 et une partie de la porcherie est actuellement en ruine.

 

 

DESCRIPTION

L’atelier de fabrication, en moellon enduit, à un étage carré avec toit en tuile creuse, a été agrandi par un appentis en parpaing de béton avec toit en ciment amiante. Le logement du directeur, en béton armé et parpaing de béton, est doté d’un étage carré et d’une couverture en tuile mécanique. La porcherie en moellon enduit et en rez-de-chaussée est couverte d’un toit en tuile mécanique.

 

 

Statistiques

Parmi les informations énoncées avant la Première Guerre Mondiale, par l’abbé Emile BOURDEAU, dans ses bulletins Paroissiaux mensuels « Le Petit Frontenaysien », on pouvait trouver les données de collecte, de fabrication et financières de la Laiterie Coopérative de FRONTENAY-ROHAN-ROHAN. Les statistiques, à l’image des bulletins paroissiaux du « Petit Frontenaysien » présents aux Archives Départementales des Deux-Sèvres, regroupent la fin de l’année 1908 (septembre à décembre) jusqu’en début de l’année 1914 (janvier à avril).

Chaque Frontenaysien et chaque adhérent de la Coopérative avait donc en main les statistiques mensuels de lait fourni et travaillé à la laiterie, la production du beurre fabriqué et le rendement de lait pour obtenir un kilogramme de beurre, les recettes et les dépenses mensuels ainsi que le prix du litre de lait payé aux sociétaires avec pour certaines périodes, une comparaison de ce litre payé aux autres coopératives voisines (BEAUVOIR – EPANNES – VALLANS).

On peut tout d’abord observer, en analysant les données, que la quantité de lait travaillé est globalement croissant au fil du temps, pour un mois donné, pendant les six années de statistiques. Ce qui peut expliquer, à priori, par l’augmentation progressive du nombre d’adhérents. Le cycle biologique, le rendement des vaches laitières et donc l’apport laitier aux beaux jours est nettement plus élevé que pendant la période automnale et hivernale.

Pour chaque mois, était indiqué le rendement mensuel (soit le nombre de litre de lait) pour fabriquer un kilogramme de beurre. Là, les statistiques sont inversées, il faut, en effet, moins de lait (entre 19 et 21 litres) en automne et en hiver que pendant la période printanière et estivale (21 à 23 litres).

Tous ces phénomènes expliquaient une quantité de beurre fabriqué passant du simple au triple avec un pic en été du fait de la quantité du lait bien supérieure apporté à la laiterie ( 2 500 Kg à 7 500 Kg pour les mois les plus riches en apport de lait).

En l’espace de quatre ans, la Coopérative accrut son apport en lait de 500 000 litres soit un tiers supplémentaires, pour atteindre 1 500 000 litres et avec un rendement moyen annuel de 21 litres environ, une production annuelle de 67 000 kilogramme de beurre où un kilogramme de beurre valait à cette période environ 3 francs. Cela est à relativiser car en septembre 1912, la laiterie reçut 43 500 litres de lait de plus qu’en septembre 1911 mais le prix du beurre fut d’un franc de moins par kilogramme.

Pendant cette période, les assemblées générales, organisées en fin d’année à la salle POPLINEAU de FRONTENAY, désignaient le bureau :

Président : Pierre DE LACOSTE LAREYMONDIE --- Président honoraire : ECARLAT --- Vice Président : Sincère GELLE (décédé en 1913) remplacé par Jules NISSAU et Victor GERBIER --- Secrétaires : ETIEN et Anatole IMBERT --- Directeur : Martial SAINT MARTIN --- Trésorier : Albert CAQUINEAU – Assesseurs : Victor IZEMBERT (décédé en 1913), Jules NISSAU jusqu’en 1913, LAIDET et Samuel NEAUD (en 1913)

A chaque assemblée, le Président Pierre DE LACOSTE LAREYMONDIE mettait en relief la bonne santé de la Coopérative, vantait les mérites de chaque sociétaire et mettait un point d’honneur à encourager la cohésion et l’étroite collaboration de tous les collaborateurs et employés.

A chaque début d’année, il y avait adjudication du ramassage du lait. Par exemple, en janvier 1909, la tournée de Bassée fut adjugée à M. PRUDANT pour un prix de 875 francs ; ST SYMPHORIEN adjugée à M. MASSOULARD pour 800 francs ; VALLANS à M. CHAMBIRON pour 845 francs ; Cléria, Gloriette, Les Granges etc. à M BARREAU pour 975 francs et enfin, La Tranchée, La Grenouille, à M. FROIN pour 875 francs.

Il y avait également un comptable, fonction adjugée début 1909, pour le mois d’avril suivant, à M RAISON pour une somme de 720 francs. Le contrôle fut attribué à M. INGRAND en 1909 pour une somme de 700 francs et la fonction de beurrier à M. Charles BARBANNEAU pour une somme de 660 francs.

La Coopérative Laitière avait créée un système d’assurance-mutuelle du bétail. En 1909, 659 vaches laitières étaient assurées par la Coopérative. Par exemple, cette année là, l’assurance garantie fut de 4,50 francs par vache laitière de sociétaires. De plus, cette même année, il fut prélevé la somme de 0,30 franc par vache de chaque adhérent pour le remboursement d’une vache morte,  estimée à 200 francs, appartenant à Monsieur LIMEUIL de Sard. En 1910, il y eut dix sept vaches mortes laitières de sociétaires, lesquels furent remboursés par une somme de 5,33 francs.

Accident (extrait tiré du « Petit Frontenaysien ») : Dans les premiers jours de Novembre 1912, Raymond CHOUX, employé à la laiterie, faillit être victime d’un terrible accident. Passant au dessus d’une chaudière de lait en ébullition, il glissa ; déjà une de ses jambes plongeait jusqu’au genou dans le liquide bouillant mais, se rendant compte de l’affreux danger qu’il courait, le jeune homme fit un effort prodigieux et put se tirer de cette situation. Les nombreuses brûlures couvrant sa jambe furent moins graves qu’on ne put le supposer d’abord, ayant été protégé par sa  chaussure et sa guêtre en cuir.

Cambriolage (extrait tiré du « Petit Frontenaysien ») : Pendant la tempête du 1° au 2 décembre 1909, des malfaiteurs s’introduisirent dans les locaux de Laiterie coopérative, en faisant des pesées sur une porte et en fracturant une vitre. Ils escomptaient probablement le moment de la paye pour s’enrichir, mais ils furent « volés », il n’y avait rien dans la caisse.

Dans la Coopérative de FRONTENAY, existait également une partie Panification, composée, en 1908, de 262 sociétaires. Cette même année, le pain annuel fabriqué représentait 168 472 Kg avec en contre partie, l’achat des matières-premières, utiles à la fabrication de ce pain, comme la farine (121 632 Kg), les fagots brûlés (3 761 Kg) et le sel (1 170 Kg). En avril 1910, la Société Coopérative de Panification de FRONTENAY s’équipa d’un moteur à pétrole, nouvelle technologie de l’époque, pour actionner un pétrin mécanique. 

Matrice : "Beurre extra-fin" --- "Laiterie coopérative de FRONTENAY ROHAN ROHAN (Deux sèvres)

Vue extérieure du quai de la laiterie

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