Les Crimes dans les temps les plus anciens

Le dimanche après la chandeleur de l’année 1386, Perrotin SERGENT rencontra André COIQUET dans une rue de FRONTENAY et lui demanda une somme d’argent, qu’il affirmait être due à son père, Guillaume SERGENT, receveur au dit FRONTENAY, pour le Vicomte de THOUARS, COIQUET répondit qu’il ne devait rien et qu’il avait bonne quittance de tout ce qu’il avait payé. Perrotin, prenant mal cette réponse, menaça COIQUET et tira même sa dague pour l’en frapper. COIQUET, pris de peur, s’enfuit dans sa maison et y arriva au moment où Perrotin allait l’atteindre ; la porte, qu’il referma brusquement, refoula Perrotin, qui, de sa dague, se frappa dans un œil et mourut de cette blessure le lendemain.

Redoutant les rigueurs de la justice, COIQUET quitta le pays, où ses biens furent saisis. Mais sa femme, ses enfants et ses amis firent aussitôt appel au Roi et plaidèrent en sa faveur, car COIQUET a été toute sa vie « homme de bonne vie, renommée et conversation honneste oncques ne fut repris d’aucun vilain blasme »

 Grâce à cette rapide intervention, le Roi CHARLES VI rétablit, dès le mois de mars, la bonne renommée de André COIQUET, le fit revenir au pays et lui restitua ses biens, défendant qu’il fut, à l’avenir, molesté pour cette affaire.

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En septembre 1398, rémission est accordée par le Roi CHARLES VI, à Jean SAVARY, qui était prisonnier à FRONTENAY-L’ABATTU pour avoir tué Jean BERNARD. Celui-ci avait frappé la femme de SAVARY et s’était attaqué à SAVARY lui-même, qui, en se défendant, blessa mortellement l’agresseur.

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En 1448, Guillaume DAVID, laboureur au Pont-de-Cesse, hameau de FRONTENAY, fit aller ses bœufs dans les prés du religieux des Châtelliers, Commandeur de l’Hostel de Chaban, en la paroisse d’Epannes. Or Jeanne, la femme de DAVID, s’en vint parlementer avec le religieux pour le calmer. DAVID se mit en grande colère, à cause de cette démarche, et, saisissant une échasse à la pointe de fer et qui servait à se déplacer dans la boue de l’hiver, en frappa sa femme à la tempe gauche. Jeanne DAVID mourut le surlendemain.

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Homicide de Jean REYNAUD par François DAITZ, seigneur d’EPANNES, le 26 Mars 1711 au moulin de Bruda

Au début de 1711, Blaise DAITZ, Seigneur de Châteaudaitz, Pont de Cesse, EPANNES et autres lieux, qui a participé à plusieurs campagnes, âgé de 60 à 65 ans, demeure en son château d’EPANNES et parfois en sa maison de NIORT.

Son fils, Jacques François, Seigneur d’EPANNES, âgé de 22 ans est marié, depuis 1708, à demoiselle Marie Gabrielle ROULLIN, fille du Seigneur de la Mormatin, dont il a reçu par contrat la maison noble, château, terre et seigneurie de Châteaudaitz, le village et hameau noble, château, terre et seigneurie de Châteaudaitz, le village et hameau noble du Pont de Cesse, etc… Mais des désaccords le séparent de ses parents et le jeune ménage vit principalement à FONTENAY LE COMTE, auprès de la grand-mère maternelle de Jacques, Elisabeth BERNARD, veuve du Seigneur de MONTREUIL.

LOUIS XIV est alors engagé dans la guerre de succession d’Espagne. L’armée recrute des soldats de milice. A la Généralité de LA ROCHELLE, l’intendant a chargé son subdélégué de SAINT JEAN D’ANGELY, le sieur CABAULT, d’y rassembler les recrues de son Election. Un détachement du régiment de Béarn, sous le commandement du capitaine DE MIRABEL, y séjourne pour les prendre en charge.

 Le nombre de miliciens à recruter devant être réparti entre les paroisses, celle de FRONTENAY devait en fournir un. Aucun volontaire ne se présenta. C’est donc par un tirage au sort qu’il dût être désigné et le sort tomba sur le jeune François NAU, fils du meunier de Bruda.

 Que se passa-t-il alors ? Il est vraisemblable que le meunier de Bruda se démena pour empêcher son fils de partir, car François ROY, syndic de FRONTENAY L’ABATTU, accompagné de plusieurs habitants de la paroisse, amena le 16 mars 1711, à SAINT JEAN D’ANGELY, le nommé Pierre MABILLON pour être soldat de la milice. Ses concitoyens n’avaient pas lésiné sur le vin et c’est en complet état d’ivresse qu’il fut présenté ce jour-là au sieur CABAULT. Celui-ci lui demanda s’il voulait servir le Roy. MABILLON répondit que oui pourvu que « ceux qui l’avaient conduit le voulussent ». Ils ne demandaient pas mieux.

 L’affaire paraissait donc réglée lorsque le lendemain se présenta, à son tour, le jeune Seigneur d’EPANNES, Jacques DAITZ. MABILLON était son tenancier, fils unique et seul soutien d’une femme veuve. Jacques DAITZ, ému par cette injustice, vint le réclamer, car il a été pris de force, alors que le sort avait désigné François NAU. MABILLON, complètement dégrisé après une nuit de sommeil, n’était d’ailleurs plus disposé à servir. CABAULT se déclara prêt à relâcher MABILLON à condition qu’on lui amena celui sur lequel le sort était tombé et s’il était en état de servir le Roy.

 DAITZ, bien décidé à libérer son tenancier, vint à Châteaudaitz pour s’emparer de François NAU. Le 26 mars, peu après midi, il partit à cheval accompagné de son valet et de deux soldats armés en direction du moulin de Bruda. C’était l’heure où toute la famille devait s’y trouver rassemblée pour le repas. En fait, André NAU père était absent, mais le reste de la famille se trouvait dans la grande salle : Louise BRUNET, femme du meunier ; ses fils, André, farinier, et François, meunier ; Barthélémy NAU, dont la parenté n’est pas précisée et Jean LHOMMEAU, le gendre, qui se chauffait au coin du feu. Il s’y trouvait, en outre, Jean REYNAUD, dit « de la crie » âgé d’environ 18 ans ; un simple d’esprit, orphelin, appartenant à une famille de petite noblesse qui l’avait placé au moulin en pension. François NAU, assis à table, faisait collation ; REYNAUD était également assis sur une chaise non loin de lui. C’était l’heure de détente au milieu de la journée.

 Soudain tous les chiens du moulin se mirent à aboyer. Barthélémy NAU sortit pour voir ce qui se passait et vit arriver quatre hommes à cheval parmi lesquels il reconnut le Seigneur Jacques DAITZ le jeune et son valet SABOURIN ; les deux autres lui étant inconnus.

 Arrivés à la porte du moulin, les cavaliers mirent pied à terre. Jacques DAITZ et les deux soldats jetèrent les brides à tenir à SABOURIN et pénétrèrent dans le moulin tenant un pistolet sous chaque bras. Jacques DAITZ se précipita aussitôt sur François NAU, le saisit par les cheveux en criant : « Marche ! De par le Roy, puisque tu es celui à qui le sort est tombé ! » Un des soldats s’empara à son tour de François NAU, libérant Jacques DAITZ, lequel tenait ses pistolets dans une même main «  les deux bouts sous le bras ». A ce moment, Jean REYNAUD se leva de sa chaise, sans doute effrayé par le bruit et, au même moment, un des pistolets que Jacques DAITZ tenait sous le bras «  se lâcha » et atteignit REYNAUD en pleine tête et l’étendit raide mort.

 Jacques DAITZ et les soldats sortirent, traînant François NAU par les cheveux et le firent monter sur un de leurs chevaux. Ils l’emmenèrent avec eux en direction du village du Pont.

 Jacques DAITZ devait plus tard affirmé être sorti du moulin sans se rendre compte que le coup de pistolet, parti par pur hasard, eût blessé quelqu’un ; il aurait appris en route, sans doute par ses compagnons, que REYNAUD avait été tué. N’aurait pas plutôt réalisé, au cours du trajet, la gravité de la situation dans laquelle il s’était mis ? Et ne jugea-t-il pas préférable d’abandonner MABILLON à son sort pour faire face aux menaces que la mort de Jean REYNAUD faisait peser sur lui ? Avant d’arriver au village du Pont, les cavaliers firent descendre François NAU de cheval et lui dirent : « Retourne-t’en » et ils lui défendirent de parler de ce qui s’était passé.

 Châteaudaitz et Bruda appartenaient à la paroisse et au Duché de FRONTENAY. Un procès va s’engager devant la juridiction de cette ville, dont Pierre PLASSAY, avocat, est Sénéchal et juge ordinaire, civil et criminel.

 Dès le 26 mars, jour de l’homicide, il est procédé à la levée du cadavre de Jean REYNAUD. Le 27, une information est ouverte et les témoins interrogés, du moins tous ceux qui se trouvaient au moulin et dont les dépositions vont permettre une reconstitution assez précise des faits. Jacques DAITZ et ses compagnons sont introuvables ; ils ne répondent pas à l’assignation à comparaître. Un décret de prise de corps, délivrée, reste sans effet.

 Point important, comme nous le verrons par la suite, le sieur DUPUY, de GRIPT, curateur au corps du défunt, et Pierre REYNAUD, son frère, ont renoncé le 28 mars à se porter partie civile. Pierre REYNAUD, qui peut cependant prétendre à des dommages et intérêts, préfère, comme cela était courant à l’époque, céder ses droits à un tiers. Cette cession est faite le 6 avril.

 La Cour, sur le vu des différentes pièces de la procédure, dépose ses conclusions définitives le 29 mai et, le 2 juin, Pierre PLASSAY prononce la sentence contre « le Seigneur d’EPANNES » accusé, défendeur « et défaillant ».

 « Après avoir invoqué le Saint-Nom de Dieu, nous avons déclaré la contumace bien instruite contre le dit Jacques DAITZ Seigneur d’EPANNES, nous l’avons déclaré convaincu de l’homicide commis sur la personne de Jean REYNAUD, pour réparation de quoi nous condamnons le dit DAITZ, accusé, d’avoir la tête tranchée sur un échafaud qui sera pour cet effet dressé dans la place publique de ce lieu »

 Jacques DAITZ est en outre condamné aux frais et au paiement de 50 livres pour faire prier Dieu pour l’âme du dit feu REYNAUD.

 « Et ce sera, la présente sentence exécutée en effigie, en un tableau qui sera attaché à un poteau dans la dite place, par l’exécuteur de haute justice ».

 La juridiction ordinaire du duché de FRONTENAY, qui rendit si rapidement son jugement, devait bientôt être dépossédée de cette affaire par la Sénéchaussée de SAINT JEAN D’ANGELY. Le Prévost de cette ville, en effet, s’efforça de se la faire attribuer, dès qu’il en fut informé ; il voulait prendre connaissance de cette «  mauvaise aventure » qualifiée par lui « d’assassin prémédité sur les grands chemins » ; il prétendit connaître ceux qui avaient assisté à ce mauvais dessein et se promit d’aller sur les lieux faire son information, celle de l’ordinaire n’étant ni sérieuse ni véritable ; dès le milieu d’avril, certainement avant le 28, il se rendit à FRONTENAY pour s’en faire délivrer copie ; mais le greffier, dit-il, s’est absenté pour ne rien lui donner. Il affirme savoir que les premières informations avaient été brûlées et que l’on avait traité pour peu de chose avec la partie ou son cessionnaire.

 Il est invraisemblable que Jacques DAITZ ait prémédité en meurtre ; il n’y avait aucun intérêt, au contraire. Deux hypothèses restent plausibles : ou bien il s’agit d’un homicide involontaire, ou bien Jacques DAITZ, voyant REYNAUD se lever, a ou pensait qu’il venait au secours de François NAU et il a voulu prévenir son attaque.

 D’ailleurs quelle créance pouvons-nous donner aux dires du Prévost ? Nous les avons trouvés rapportés dans une lettre du 28 avril, adressées par M. MAICHIN DE BESSE à MME d’ESPANNE, à Châteaudaitz avec le commentaire suivant :

 « Je crois, sans entreprendre de vous donner aucun avis, qu’il serait bon de voir les gens qui pourraient déposer afin que tout fût conforme. Ce bon officier a accoutumé, en tous rencontres, de tirer sa rétribution ; c’est un casuel qui n’arrive pas si souvent qu’il le souhaiterait. Son Greffier n’est pas moins avide ni avare que lui ».

 Les tentatives du Prévost ne devaient point aboutir, sans qu’il soit possible de savoir s’il y eût échec ou désistement. Lettre prouve seulement que Jacques DAITZ, à cette époque, se cachait. Condamné, il devra continuer à de dissimuler ou, à tout le moins «  ne pas trop se promener » comme conseille sa grand-mère.

 Toute la famille va maintenant s’employer à obtenir du Roi les lettres de grâce qui annuleront la sentence rendue contre lui.

 LES LETTRES DE GRACE

 On sait que les lettres de grâce étaient signées du Roi sur requête instruite par le Chancelier. C’est donc celui-ci qu’il fallait convaincre de l’innocence de Jacques DAITZ.

 La famille va multiplier ses démarches, renouveler les requêtes auprès du Chancelier, après chaque refus, sans cependant arriver à s’unir dans l’adversité commune. D’un côté, Blaise DAITZ et sa femme, de l’autre, Jacques DAITZ, ses beaux-parents et sa grand-mère maternelle, constitueront deux groupes agissant séparément et parfois à l’insu l’un de l’autre.

 Blaise DAITZ a servi sous les ordres du Duc de ROHAN, Prince de SOUBISE «  notre bon maitre et bon ami ». Il lui à même, quelques années plus tôt, confié à son fils comme page. Aussitôt après l’accident, il demande sa protection et la réponse de SOUBISE arrive datée du 17 avril 1711 :

 «  Si votre fils, Monsieur, avait été dans le service ou dans la compagnie des Gendarmes, il ne lui serait point arrivé le malheur que son oisiveté lui a attiré. J’en suis bien fâché et j’écris à mes officiers comme vous le souhaitez. Je suis entièrement à vous. Le Prince de SOUBISE.

 Cependant Blaise DAITZ ne se décourage pas et nous retrouvons deux brouillons de lettre légèrement différents, datés du 13 juillet 1711 et manifestement destinés au Prince de SOUBISE. Ils signalement un premier échec auprès du Chancelier.

 « Monsieur le Chancelier a repris les lettres de grâce après en avoir conféré avec Monsieur le Maréchal de CHAMILLY, non pas qu’il ne fut bien persuadé que c’était un coup de malheur et de hasard, mais parce que ce n’était pas à lui à aller prendre ce milicien mais au subdélégué à le faire « faire ».

 Cette lettre a l’avantage de mettre en lumière les deux arguments importants susceptibles de justifier les lettres de grâce :

 -       La mort de Jean REYNAUD est le fait d’un accident, c’est un homicide involontaire

-       Le subdélégué avait donné l’ordre à Jacques DAITZ de s’emparer de François NAU

 Ce sont là les deux thèses que l’on va s’efforcer d’étayer er de faire prévaloir.

 La mort de Jean REYNAUD fût-elle accidentelle ? Rien, dans les dépositions des témoins, ne permet de l’infirmer. Les quatre témoins qui ont suivi la scène déclarent que Jacques DAITZ tenait ses pistolets dans une seule main. Le bout sous le bras, ce qui ne paraît pas une position normale de tir et ils emploient tous l’expression « le pistolet se lâcha » semblant indiquer un coup fortuit. François NAU seul dira «  Il fut tiré un coup de pistolet » mais il précisera qu’il était « transporté » et que, tenu par les cheveux, la tête en bas, il ne sut ni qui le tenait, ni qui avait tiré.

 La sentence rendue par la Cour de FRONTENAY a été prise sans que cette question, pour nous importante, ait été soulevée.

 La thèse de la mort accidentelle était donc soutenable. Elle se trouvait renforcée, semble-t-il, par l’abandon de toute poursuite par la famille REYNAUD et la cession de ses droits à un tiers. De cet abandon et de cette cession, Jacques DAITZ fait une preuve dans son « dict » au Parlement de BORDEAUX.

 « En effet, les parents du dit REYNAUD ayant appris que la chose était arrivée par un pur malheur et sans aucune mauvaise intention ont abandonné la poursuite et ont traité pour les dommages et intérêts … »

 Les droits de Pierre REYNAUD, frère et héritier du défunt, furent cédés le 6 avril 1711 à Jacques BINET, marchand à SURGERES, par un acte passé au Château de SURGERES, Pierre REYNAUD, mineur, était représenté par noble Jean MESTIVIER, son oncle maternel et par Maître Jean RAYNAUD, Seigneur de Launay, demeurant à BENON « cousin ayant le germain » du côté paternel. La cession était faite moyennant le paiement comptant par Jacques BINET, de la somme de 2000 livres.

 Bien que ce contrat ne concernât pas directement la famille DAITZ, il apparaît que celle-ci provoqua sa conclusion, et s’engagea à verser une somme à Pierre REYNAUD pour obtenir son accord. Il est même probable qu’une partie de la somme qui y était stipulée était payable immédiatement et l’autre après l’obtention de lettres de grâce.

 En effet, dès le 13 juillet 1711, REYNAUD DE LAUNAY fait connaître à M. DE CHATEAUDAITZ qu’il veut absolument de l’argent. Le 2 Mai 1713, le même s’entend avec M DE CHATEAUDAITZ pour charger le Sergent Royal de MAUZE de poursuivre Jacques DAITZ et M DE LA MORMATIN, son beau-père, qui ne veulent pas le payer. Ces dettes ne s’expliqueraient pas si la famille REYNAUD n’avait pas monnayé l’abandon de la poursuite, ce qui n’infirme pas la thèse de l’accident mais l’affaiblit pour nous singulièrement. Quoi qu’il en soit la famille DAITZ utilisera cet argument pour sa défense.

 Jacques DAITZ avait-il reçu du subdélégué l’ordre verbal d’arrêter François NAU ?

 Pour interpréter les documents, notons que la famille DAITZ a mobilisé toutes les personnalités qu’elle pouvait faire agir tant auprès de l’intendant que son subdélégué. Elisabeth BERNARD a expédié dans ce but un nombreux courrier le 23 juillet. Or c’est précisément le 24 que l’Intendant demande à son subdélégué de le mettre au courant et CABAULT lui envoie le 6 août une relation des faits :

 « M. d’ESPANNE me pria de lui relâcher le dit MABILLON, ce que je crus ne pas devoir faire sans savoir s’il était vrai si le sort lui fût échu et dis à M. D’ESPANNE qu’il n’avait qu’à me faire conduire celui à qui le sort était tombé et que s’il était en état de servir le Roy, je lui remettrais le dit MABILLON »

 A la suite de cette correspondance, l’Intendant demande à CABAULT de rédiger un certificat officiel à l’intention de la famille DAITZ et destiné à appuyer sa requête. Ce certificat joint à la lettre de grâce est daté du 13 août ; en voici un extrait :

 « Le lendemain, étant désenivré, il (Pierre MABILLON) nous dit qu’il ne voulait point servir parce qu’il avait été pris de force et s’il avait dit autrement, le jour précédent, c’ était le vin qui lui avait fait dire, ce qui nous fût confirmé par M. D’ESPANNE qui nous pria de relâcher le dit MABILLON, son tenancier, puisque le sort ne lui était pas tombé, mais bien sur le nommé NAU, fils du meunier de Bruda, ce que nous lui promîmes pourvu qu’il fit arrêter et conduire le dit NAU en cette ville »

 Manifestement, ce texte a été élaboré en accord avec la famille DAITZ. CABAULT a reçu une lettre datée du 13 août de M. de CHATEAUDAITZ et il lui répond le 14 qu’il peut venir quand il lui plaira.

 Dans une lettre de LA ROCHELLE, du 18 août, un certain M. MALLET s’excuse auprès de M. DE CHATEAUDAITZ au sujet d’un mot changé en mettant le certificat au net. Il ajoute que le subdélégué est d’accord pour le modifier. Ce certificat n’indique pas d’une manière précise que Jacques DAITZ eût reçu l’ordre d’arrêter lui-même François NAU. Blaise DAITZ aurait souhaité une rédaction plus nette. Cela apparaît dans sa tentative d’obtenir un certificat des officiers du Régiment de Béarn qui se trouvaient présents à l’entretien entre Jacques DAITZ et le sieur CABAULT Il leur fit transmettre un projet de certificat dont voici un extrait :

 « Nous avons été avec le dit Seigneur d’ESPANNE chez le dit sieur CABAULT qui lui promit de lui rendre le sieur MABILLON, moyennant qu’il lui amena ce fils de meunier, le pria même de le faire arrêter parce qu’il lui serait plus facile qu’à lui, étant gentilhomme, qui avait de l’autorité dans sa paroisse ».

 Ce certificat ne figure dans aucune procédure. Il est vraisemblable qu’il n’a pas été établi, mais le projet permet de mesurer la différence entre ce que souhaitait Blaise DAITZ et ce que le sieur CABAULT a consenti, selon sa conscience, à témoigner.

 Tel qu’il était, ce certificat était insuffisant et nous trouvons trace d’un nouvel échec sur intervention du Prince de SOUBISE auprès du Chancelier, en date du 14 janvier 1712, demandant l’honneur de sa protection pour le Seigneur de CHATEAUDAITZ. L’Intendant de SOUBISE écrit le 12 avril : « Il faut, je vous l’avoue, que la chose soit grave, puisqu’elle a été refusée avec une telle protection ».

 Aucune indication n’a été relevée concernant les autres interventions. D’après Blaise DAITZ, il y en aurait eu au moins cinq, puisqu’il écrit voir donné à son fils «  une seconde fois la vie en obtenant la grâce que son beau-père avait manquée par quatre différentes fois ».

 Enfin, la lettre de grâce, rémission et pardon est signée de Louis, à VERSAILLES, en mars de l’an 1713. Elle rappelle sommairement les faits ; mais si elle s’inspire du certificat de CABAULT, joint d’ailleurs à la lettre, elle ajoute : « Pourvu qu’il fit arrêter et conduire le dit NAU en cette ville, et à cet effet lui en donna l’ordre verbal ».

 Mais aucun document ne permet de retrouver l’origine de cette addition essentielle.

 La lettre de grâce remet et pardonne le fait, elle rétablit DAITZ dans sa bonne renommée et annule le jugement antérieur. Mais avant d’avoir son effet elle doit être entérinée par le Parlement de BORDEAUX à la requête de l’intéressé. Cet entérinement paraît bien acquis à l’avance. C’est semble-t-il une procédure de pure forme.

 Le 16 juin, Jacques DAITZ comparait devant la Grande-Chambre et la cour lui octroie acte de la présentation des lettres de grâce.

 « Je lui ai, en l’audience, à genoux et les fers aux pieds, « interpellé s’il a obtenu les dites lettres de grâce, si elles contiennent vérité et s’il veut s’en servir, ce que le dit DAITZ a déclaré moyennant avoir obtenu les dites lettres de grâce, qu’elles contenaient vérité, et s’en voulait servir. La cour a octroyé acte au dit DAITZ de sa présentation, lecture et publication des lettres de grâce ordonne que sur le contenu d’icelle, il rendra son audition par devant les commissaires qui seront à ces fins commis ».

 C’est le 18 juin qu’eut lieu cette audition à la conciergerie par les deux commissaires. «  Interrogé où il était, le 26 mars 1711, entre midi et une heure et en compagnie de qui ».

 « Répond qu’il était à Châteaudaitz sans aucune compagnie étrangère ».

 Voilà une curieuse réponse, puisqu’elle contredit ce qui figure dans toutes les pièces du procès et notamment les propres déclarations de Jacques DAITZ.

 « Interrogé s’il n’alla pas au moulin de Bruda et s’il n’eut pas dans une chambre du moulin quelque contexte avec Jean REYNAUD. Seigneur de la CRIE, à raison de quoi :

 « Si le dit REYNAUD l’avait insulté et pourquoi il ne s’est pas pourvu en justice pour avoir raison ».

 Jacques DAITZ se borna à répondre à chacune de ces trois questions qu’il s’en tenait aux lettres de grâce obtenues et à leur contenu. Les Commissaires et la Cour n’étaient pas exigeants et cet interrogatoire apparaît bien comme une simple formalité.

 Nous n’avons pas trouvé trace de la décision elle-même ; mais, le 30 juin, a été dressé l’inventaire des pièces produites par Jacques DAITZ pour l’entérinement de ses lettres de grâce. Enfin, le 24 juin, le représentant de Jacques BINET a donné quittance d’une somme de 2 000 livres versée par seigneur d’ESPANNE, «  prisonnier détenu dans les prisons de la Conciergerie de la Cour ». Il donna en outre son consentement à ce que celui-ci soit élargi. L’entérinement intervint donc entre ces deux dates.

 C’est vraisemblablement le 24 ou le 25 juin 1713 que Jacques DAITZ quitta la prison après une dizaine de jours de détention, un peu plus de deux ans après la mort de Jean REYNAUD et la condamnation qui suivit, quitte, remis et pardonné du fait et remis en sa bonne renommée.

 

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