Les Curés pendant la Révolution Française

Au printemps 1789, le Curé de la paroisse de ROHAN-ROHAN était Pierre Joseph Elisabeth BOUTHET DE LA RICHARDIERE, à ce poste depuis 1762, fils d’un ancien Lieutenant de police de LUSIGNAN, avec deux frères dans les ordres.

Le 28 décembre 1790, Joseph BOUTHET DE LA RICHARDIERE, Curé de ROHAN-ROHAN (précédemment Maire de FRONTENAY), prit connaissance d’une affiche mis au poteau des halles de la ville le 26 décembre précédent, par ordre et de la part de Messieurs les Maire et Officiers Municipaux, à la réquisition de Monsieur le Procureur de la commune. Cette affiche indiquait que les biens, domaines dépendant de la dite cure de ROHAN-ROHAN, à l’exception de la maison presbytérale et des jardins en dépendant, seraient criés en bail et affermés au plus offrant et dernier enchérisseur les 2 et 3 janvier 1791. Il fit opposition à la dite adjudication, déclarant aux dits Maire et Municipaux, vouloir en jouir comme par le passé, conformément à la proclamation du Roi et aux décrets de l’assemblée nationale pour la constitution civile du clergé, et la fixation de son traitement du 24 août 1790, et par les articles additionnels de la susdite proclamation en date du 10 décembre 1790.

D’après le présent décret, le sieur Curé raisonna ainsi : «Tous les domaines et rentes dont il jouit ne font point partie de la portion congrue, il n’en a jamais été question dans les conventions avec les prieurs, dont ils n’ont jamais entré dans la masse de ses revenus ; les susdits domaines ont tous été données à telle ou telle charge, le curé les acquitte journellement, annuellement et à perpétuité ; donc il doit en jouir indépendamment de son traitement et il les a toujours requis ; donc il doit les requérir comme par le passé et en jouir ; donc ils ne doivent ni être vendus, ni affermés par la municipalité ; donc Messieurs les Municipaux ne sont point fondés à faire cette adjudication ».

Le sieur Curé BOUTHET DE LA RICHARDIERE avait dans le cas de prouver tout ce qu’il avançait ; il avait presque tous les titres et testaments faits en faveur de sa cure. On peut nommer, selon lui, un commissaire ad hoc pour le vérifier. Il avait été et serait toujours le plus fidèle observateur, il en avait fait déjà trois fois le serment et comptait le faire une quatrième, lorsqu’il en serait requis. Il estima qu’il était un des plus zélé partisan de la Révolution, et c’est pour cela qu’il voulut jouir de toutes les prérogatives et avantages de la nouvelle législation. En conséquence, il protesta derechef, et se rendit opposant au projet de la municipalité de ROHAN-ROHAN à cet égard ; les rendit responsables de tous les préjudices, dommages et intérêts que leur conduite pourrait lui causer.

Cette présente signification fut faite au greffe de la municipalité es mains du sieur MOUNIER, Greffier, avec injonctions d’en donner connaissance à Messieurs Maire et Municipaux. Signé « BOUTET DE LA RICHARDIERE, Curé de ROHAN-ROHAN ».

Le 2 février 1791, à onze heures du matin, en l’église de la commune et paroisse de Saint Pierre de ROHAN-ROHAN, à l’issue de la messe paroissiale et en présence du Conseil Général de la commune et des fidèles assemblés, Monsieur Pierre-Joseph BOUTHET DE LA RICHARDIERE, Curé de la dite paroisse, se présenta, monta en chaire et s’empressa de prêter le serment civique prescrit par le décret de l’Assemblée Nationale du 27 novembre 1790, sanctionné par le Roi le 26 décembre 1790, publié en cette Municipalité le 30 janvier 1791, quoiqu’il l’eut déjà prêté trois fois, savoir comme Procureur, comme Maire ayant occupé ces deux places, puis encore le 14 juillet, jour de la Fédération Nationale. Monsieur BOUTHET DE LA RICHARDIERE, Curé, après un discours dans lequel il exprima à la grande édification des assistants, ses sentiments d’attache à la nouvelle constitution, prononça, à haute et intelligible voix et la main levée, le serment solennel de veiller avec soin comme il l’avait toujours fait, sur les fidèles de la paroisse confiés à ses soins, d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale, et acceptée par le Roi.

Le Curé, pour ce quatrième serment, avait dû faire montre de quelque humeur… ou d’un peu d’humour, que la municipalité n’avait pas apprécié. M. BOUTHET, après les décrets du 29 novembre, frappant ses confrères réfractaires, avait dû se rétracter de ses serments tout en continuant cependant à exercer librement. Du moins jusqu’à ce samedi 24 mars 1792, veille de la Passion, où il vit arriver chez lui le jeune Curé de SCIECQ, M. MOUNIER, venu lui annoncer son intention de célébrer le lendemain matin la messe dans l’église de ROHAN.

Pressentant la signification de cette intrusion, M BOUTHET prit immédiatement sa plume et écrivit aux officiers municipaux la vigoureuse lettre ci-dessous qui montre bien la dignité dont il ne s’était jamais départi :

« Messieurs, sur le refus formel que j’ai fait à M. MOUNIER de permettre à son fils de dire, demain, dimanche de la Passion, la messe dans mon Eglise, il m’est survenu qu’il se proposait d’implorer votre autorité pour parvenir à son but. Avant de vous y prêter, je vous prie d’observer que cette affaire n’est point du tout de votre compétence, que vos pouvoirs ne s’étendent pas du tout sur le spirituel et la messe est sans contredit ce qu’il y a de plus sacré dans mon ministère. Les volontés sont libres, on peut agir par violence, mais on ne peut pas faire convertir l’homme lorsque sa volonté n’y est pas. J’ai des raisons fortes pour ne pas accorder ce qu’on demande, je crois le pouvoir, devant êtes maître dans mon église. Les anciennes et nouvelles lois me donnent ce droit. Vous ferez donc une faute grave si vous vous mêliez de cette affaire, il pourrait vous en mésarriver un jour. Ne me mettez pas dans le cas d’en venir à des extrémités dont nous serions tous fâchés. Jusqu’à présent la paix, la bonne doctrine a régné dans notre paroisse, tâchons de la conserver. Je suis, Messieurs, avec bien de la considération, votre très humble et très obéissant serviteur et pasteur. »

Ce jeune curé de SCIECQ n’était pas inconnu à FRONTENAY, c’était même le fils du secrétaire de la Municipalité. Ce qui arriva fut que, l’incident ayant été déféré aussitôt par la Municipalité au nouvel évêque, M. MESTADIER, sans aucun égard à l’âge de M. BOUTHET, le répudia sur le coup : le dimanche suivant il était remplacé.

Ce printemps 1792 commençait donc mal. Il continua de même. La France, après avoir déclaré la guerre à l’Autriche, essuyait défaite sur défaite ; la présence des prêtres réfractaires n’arrangeait évidemment pas les choses : des ennemis de l’intérieur en plus des ennemis de l’extérieur ! Le 27 mai un décret décidait la déportation, dans les quinze jours, de tous ceux qui n’aurait pas émigré. M. BOUTHET, pourtant, échappa à l’une et à l’autre. Etait-il caché ? Où s’était-il réfugié à LUSIGNAN dans sa famille ?

Le serment « Liberté-Egalité » consistait « d’être fidèle à la Nation et de maintenir la Liberté et l’Egalité ou de mourir en les défendant … ». Tous les Curés du canton de FRONTENAY jurèrent sauf celui d’EPANNES, LAFON DE LESCURE.

La Terreur et la Déprêtisation commença pour tous les réfractaires : On créa le divorce, on supprima les Congrégations et on s’attacha à discréditer le célibat sacerdotal avec incitation aux prêtres de se marier. Le port de l’habit sacerdotal fut interdit et la prison, pour les réticents. La Révolution, avec la période de la Terreur, se montra, à partir de septembre 1793 jusqu’en juillet 1794, comme antichrétienne en installant la Terreur : violences sur les personnes pour déconsidérer les prêtres, pour qu’ils abjurent, ou se parjurent. La France va voir des centaines d’abdications sacerdotales et de mariages de prêtres. En Deux sèvres, quatre vingt ecclésiastiques renverront ainsi leurs lettres de prêtrise.

A FRONTENAY,  L’abbé Pierre-Joseph BOUTHET DE LA RICHARDIERE, démissionnaire, fut remplacé par le Curé Constitutionnel Jean-Baptiste TEXIER, natif de PLIBOUX, ex-vicaire de Notre-Dame de NIORT. Il fut parfaitement assimilé par la population qui le nomma Officier Public le 30 décembre 1792, et, par la suite, directeur de La Salpêtrière qui avait été installée dans l’église. La cure, elle, avait été transformée en école.

En 1793, alors que NIORT redoutait une attaque de l’armée vendéenne, il se présenta à l’assemblée départementale muni d’une pioche et d’une pelle en compagnie de trente-deux volontaires de sa paroisse, porteurs d’outils de terrassiers. « Nous venons – déclara-t-il – travailler au renforcement des fortifications de la ville. Tous les jours, si vous le souhaitez, notre commune vous enverra un nombre au moins égal de travailleurs ». Le 7 janvier 1794, Jean-Baptiste TEXIER renvoya ses lettres de prêtrise. Plus tard, il se maria et fut nommé Conseiller Cantonal. Il s’éteignit en 1850, réconcilié avec l’Eglise.

L’ancien Curé de FRONTENAY, M. BOUTHET, n’eut pas quant à lui à envisager cette déchéance. Réfugié à LUSIGNAN, son village natal, il y fut emprisonné en octobre 1793 et y mourut le 3 novembre suivant.

A partir de septembre 1794, intervint une loi qui prépara la paix avec l’armistice signé en Vendée. En février 1795, fut instauré le décret sur la liberté des cultes et une saine laïcité s’installa.

Le 31 mai 1795, les églises furent à nouveau ouvertes. Ou du moins la plupart d’entres elles, car, le 13 mars 1796, cela ne fut pas encore le cas de FRONTENAY. Aussi, y eut-il une pétition signée de 12 citoyens « déclarant à l’agent municipal de cette commune que, voulant exercer le culte catholique, la ci-devant église sera le lieu où sera le rassemblement de ceux qui veulent exercer le dit culte… ». 1796 sera aussi l’année de la rentrée des prêtres réfractaires. L’obligation d’un serment plus ou moins interdit par l’Eglise avait fait place en effet, depuis la fin 1795, à une simple « promesse de soumission et d’obéissance aux lois de la république… » que pouvaient donc faire les prêtres réfractaires.

C’était le reflux, donc, un reflux lent, sans doute, et qu’une vague de malveillance voudra déborder en septembre 1797, par l’obligation d’un nouveau serment, celui de « la haine à la Royauté » qui opposa à nouveau les prêtres entre eux, mais le 18 brumaire n’étaient pas loin. Et le premier consul, convaincu que la religion était « un auxiliaire précieux du gouvernement » allait faire la paix. Il allait négocier avec l’Eglise un Concordat dans l’honneur. Si, pour sa subsistance, le clergé dépendrait du Prince, pour sa conscience il ne dépendrait que du Pape.

Pendant cette dernière période à FRONTENAY, il y eut beaucoup de confusion. Alors que M. BOUTHET, l’ancien Curé, y était resté presque trente ans, les curés constitutionnels vont s’y succéder sans arrêt.

Après TEXIER, ce fut, en 1794, Pierre-Laurent MOUNIER, l’ancien desservant SCIECQ, qui eut moins d’honnêteté que son prédécesseur, puisque, si TEXIER quitta la cure aussitôt après avoir déposé ses lettres de prêtrise, MOUNIER, au contraire, commença son ministère par cette « formalité », le 8 janvier 1794, en se présentant au Greffe de la commune de FRONTENAY muni de ses lettres de prêtrise qu’il rendit et y déclara par écrit sur le registre des délibérations de la dite commune, qu’à compter de ce jour, il cesserait toute fonction ecclésiastique. On peut se demander dès lors ce que put être ce ministère. Moins d’un an plus tard, en tous cas, on put lire sur une affiche apposée à la porte principale de la maison commune de FRONTENAY, qu’il y avait « promesse de mariage entre Pierre Laurent MOUNIER, prêtre de cette municipalité, avec etc.… ». On ne sait si la population lui en tint rigueur ; la Municipalité, quant à elle, l’avait en bonne estime. « Il n’a jamais cessé », lit-on dans un Registre Municipal de l’époque, « de donner des preuves de son amour de la Patrie… ».

A partir du 11 novembre 1795, ce sera, si on en croit un procès-verbal, MESTADIER, l’ancien Evêque Constitutionnel de NIORT, mais il n’y resta vraiment que quelques mois puisque le 27 avril 1796, il partait comme Curé de COULON. Nous ne lui connaissons qu’un successeur : OLLIVIER, qui n’arriva d’ailleurs à FRONTENAY que le 11 mars 1798. La moindre conclusion qu’on puisse tirer d’une telle succession de prêtres n’est-elle pas qu’ils restèrent totalement étrangers à leur paroisse ? Comme des mercenaires au lieu de Pasteurs !

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