Une Escarmouche en 1569

Le 30 juin 1569, LANOUE, gouverneur de LA ROCHELLE, qui était parti pour secourir les protestants enfermés dans NIORT, se vit dans l’impossibilité d’arriver jusqu’à cette ville, et tomba à l’improviste à FRONTENAY.

Voici comment Hilaire–Alexandre BRIQUET raconte ce triste exploit dans son Histoire de NIORT:

LANOUE le protestant ayant réuni environ 400 chevaux, les deux compagnies des bandes des rochelaises, commandées par LAGARDE et BOISVILLE, le Régiment du feu Vicomte de Saint Magrin, composé de neuf enseignes, sous les ordres d’un sergent-major, pris le chemin de NIORT, le 29 juin. Il espérait d’arriver, le 30 au point du jour, et d’entrer dans la place à la faveur d’une escarmouche. Mais la route était longue et mauvaise, quelques compagnies se firent attendre. Il jugea bientôt qu’il lui serait impossible d’être devant NIORT à la diane (à l’aune), pour y faire entrer le nombre d’arquebusiers fournis de poudre et de munitions. Il quitta cette entreprise. Toutefois, pour ne pas retourner sans rien faire, et sachant que plusieurs compagnies catholiques avaient leur quartier à FRONTENAY L’ABATTU, à une demi-lieue de l’endroit jusqu’où il s’était acheminé, il fit tourner la tête à ses troupes de ce côté, pour surprendre le détachement et affaiblir d’autant la force du Comte de LUDE, catholique de religion, attendant meilleur moyen de l’endommager.

Ce Comte avait placé à FRONTENAY, comme pour servir d’avant-garde, quatre compagnies sous la conduite de RICHELIEU, de DULANDREAU, de DANTE et d’un autre capitaine dont l’histoire n’a pas conservé le nom. FRONTENAY n’avait point vu relever ses fortifications, depuis qu’elles avaient été abattues, sous les yeux et par l’ordre de SAINT LOUIS. Aussi, les quatre compagnies s’y étaient barrées pour la plus grande assurance.

« Aussitôt que LANOUE s’en vit près, il s’avança et commanda au Capitaine LAGARDE de gagner les barrières avec ses arquebusiers, et au Capitaine BOISVILLE de donner en même temps l’alarme du côté de NIORT ». Ces ordres furent ponctuellement exécutés. Le Capitaine LAGARDE se lança sur la première compagnie qui se présenta : c’était celle de DULANDREAU. Elle opposa quelque résistance, mais elle fut forcée à une prompte retraite, et le vainqueur arriva aux barrières. Elles étaient si fortes et si bien liées, que les catholiques eussent eu le temps de se mettre hors d’atteinte, si, d’un côté, le Capitaine BOISVILLE, s’étant fait ouverture d’une méchante porte, n’eut surpris et tué plus de cinquante de ceux de la compagnie de DANTE. Le Capitaine LAGARDE, soutenu de plusieurs cavaliers qui s’étaient mis à pied, accourut bientôt et entra par cette porte. Alors ces deux compagnies de confédérés unirent leurs forces contre les catholiques qu’ils égorgèrent sans pitié, sans vouloir faire de prisonniers. Ce n’était bientôt plus un combat. La frayeur des vaincus accrurent à leurs yeux le nombre des ennemis. Dans leur épouvante, ils songèrent moins à combattre qu’à fuir ; ils brisèrent eux-mêmes les barrières qui leur avaient servi d’asile, et se sauvèrent en désordre du côté de NIORT.

 Le plus fort du carnage tomba la compagnie du catholique DULANDREAU. Les confédérés protestants le haïssaient plus que tous les autres, comme étant un transfuge de leur parti. Ils le cherchèrent pour l’immoler ; mais il était absent.

Toutefois, son porte-enseigne fit un acte de bravoure que l’histoire a recueilli : «  Se voyant importuné d’arquebusades, pour lui faire quitter son taffetas (drapeau), se jette comme à corps perdu, parmi quelques cavaliers protestants, et quelque nombre d’arquebusiers à pied, que menait le sergent-major du régiment de Saint Maigrin ; et, pour remporter avec la vie l’honneur d’un beau coup, il couche la lance qui portait l’enseigne sur le sergent-major, duquel toutefois il ne rafla que le côté du visage ; et piquant toujours, il se sauva plus heureusement que plusieurs de ses compagnons qui demeurèrent là pour y faire le guet éternel ».

Les catholiques eussent reçu un plus grand échec dans cette occasion, si LANOUE eut permis à sa cavalerie, pendant que l’infanterie furetait les logis de poursuivre les fuyards sur le chemin de NIORT ; mais il craignit que ses soldats, emportés trop loin par l’ivresse de la victoire, ne tombassent dans quelque embuscade, ou ne fussent attaqués par des troupes fraîches et supérieures en nombre, qui leur auraient enlevé toute la gloire de cette journée. En effet, le comte du LUDE, averti de la surprise de FRONTENAY, y envoyait quatre escadrons, suivis d’un fort détachement d’infanterie. Quand ce secours arriva, LANOUE était rentré  avec un riche butin à MAUZE. A la nouvelle de cette défaite qui fut le jeudi, les assiégés (dans NIORT) furent quelque peu consolés, si bien qu’ils soutinrent encore quelque temps, se persuadant que LANOUE entreprendrait quelque autre fait de plus grande conséquence.

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